ÉDITO
L'immobilier, grand absent des débats

L'année s'achève sur une note que l'on n'avait plus connue depuis longtemps dans l'immobilier : un peu d'optimisme. Le marché reprend des couleurs, les transactions remontent progressivement vers le million et, après deux années particulièrement difficiles, les professionnels recommencent à respirer.
On pourrait donc considérer que le plus dur est derrière nous. Ce serait aller un peu vite.
Car pendant que le marché immobilier se redresse, la crise du logement, elle, n'a pas disparu. Acheter reste compliqué pour de nombreux primo-accédants. Trouver une location relève parfois du parcours du combattant dans les zones tendues. Les propriétaires doivent composer avec des règles mouvantes en matière de rénovation énergétique. Et loin des métropoles, beaucoup de ménages ont le sentiment d'être oubliés des politiques du logement.
Voilà le paradoxe : le marché immobilier va mieux, mais les Français n'ont pas nécessairement moins de difficultés à se loger.
Il faut donc cesser de confondre crise immobilière et crise du logement. La première était en grande partie liée à la remontée brutale des taux, à l'effondrement du crédit et au recul des transactions. Elle commence à se résorber. La seconde est plus profonde. Elle touche à notre capacité à construire, louer, acheter et rénover.
C'est précisément pour cela que la campagne présidentielle qui s'annonce devra parler de logement.
Pouvoir d'achat, dette publique, sécurité, santé, géopolitique : les sujets ne manqueront pas. Mais le logement ne peut une nouvelle fois être relégué au rang de dossier technique. Se loger près de son travail, quitter le domicile familial, acheter son premier bien, trouver une location, vieillir chez soi : derrière les politiques du logement, il y a des choix de vie très concrets.
Les dernières années ont pourtant laissé des traces. Changements de règles, dispositifs fiscaux remaniés, évolutions du prêt à taux zéro, coups de frein puis relances de MaPrimeRénov'... À force de corriger les dispositifs, on finit par rendre illisible une politique qui aurait surtout besoin de stabilité.
L'immobilier s'accommode mal des virages permanents. Un logement se construit sur plusieurs années, un investissement se raisonne sur dix ou vingt ans. La confiance a besoin de temps.
Les professionnels ont fait leur part. Ils ont encaissé une crise d'une violence rare, adapté leurs modèles et revu leurs pratiques. Mais il y a une limite à ce que le secteur peut régler seul. Fiscalité, foncier, primo-accession, investissement locatif, rénovation : ces sujets relèvent aussi de choix politiques.
L'année s'achève et une séquence décisive s'ouvre. À nous, professionnels de l'immobilier, de faire en sorte que le logement ne soit pas relégué au bas de la pile.
Car à défaut d'en faire un sujet de campagne, le logement pourrait bien s'inviter tout seul dans l'élection.
Photo | Sylvain Lévy-Valensi
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