ANALYSE
Décryptage d’une étonnante séance du Haut Conseil de Stabilité Financière


Le 13 décembre dernier, le HCSF (Haut Conseil de Stabilité Financière) a tenu sa trente-cinquième séance, sous la présidence de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique.
Le Haut Conseil s’est ensuite félicité du respect par les banques des normes d’octroi de crédit qu’il leur impose depuis le 1er janvier 2022. A savoir, un taux d’endettement maximal de 35 % et une durée de crédit plafonnée à 25 ans.
Il est pourtant prévisible, lorsque l’on restreint autant la liberté de gestion des banques, qu’elles orientent leurs maigres capacités dérogatoires vers leurs meilleurs clients. Les jeunes et les ménages modestes sont ainsi les premières victimes de ces règles visant à protéger un système bancaire qui n’en avait pas besoin (le marché français du crédit à l’habitat est de très longue date l’un des plus sains ou monde, comme l’illustrent des taux de défaut extrêmement faibles). Ces normes, édictées sans concertation, ont pour effet de comprimer les capacités d’emprunt des ménages (les primo-accédants et les investisseurs locatifs étant particulièrement touchés) dans une période où la remontée des taux de crédit les pénalise déjà. Ainsi s’explique l’explosion des niveaux d’apport personnel, qui dépassent désormais 60 000€ en moyenne pour les primo-accédants. Nous appelons au contraire à l’assouplissement de ce carcan réglementaire afin de ne pas gripper durablement les parcours d’accès à la propriété et à l’investissement locatif.
Enfin, le Haut Conseil a choisi de relever de 0,5% l’exigence de fonds propres réglementaires imposée aux banques au titre du « coussin contracyclique ». Les accords de Bâle III prévoient en effet que les autorités monétaires de chaque Etat puissent moduler le niveau de ce coussin en fonction du cycle économique. L’idée est d’accroître l’exigence de fonds propres quand l’économie se porte bien afin d’inciter les banques à ralentir leur production de crédit et accumuler du capital et, inversement, de réduire ce coussin en période de vaches maigres pour encourager les banques à déployer du capital sous forme de crédit. En relevant l’exigence de fonds propres au moment même où la France entre en récession, le Haut Conseil commet un contre-sens et invente un « coussin procyclique », prenant ainsi le risque d’aggraver la pénurie de crédit déjà bien engagée en matière de crédits immobiliers.
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