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Formation initiale des collaborateurs, ce qu'en pensent les professionnels

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La loi ALUR prévoyait que les collaborateurs des agents immobiliers justifient d'une compétence professionnelle initiale définie par un décret... jamais publié. C'est désormais chose faite puisque, depuis février, la formation initiale de ces professionnels sera désormais encadrée. Mais qu'en pensent les principaux intéressés ?

L'affaire est déjà ancienne, puisqu'en 2014 la loi Alur portée par Cécile Duflot prévoyait par décret, que toute personne habilitée par un titulaire de la carte professionnelle (mandataires négociateurs, salariés) devait justifier d'un niveau de compétence minimum, dès son entrée en fonction. Le décret n'ayant jamais été publié, la FNAIM était montée au créneau, allant jusqu'à saisir le Premier ministre en 2023 puis, sans réponse de sa part, à porter l'affaire devant le Conseil d'État en mars 2024. En février, la plus haute juridiction administrative a enfin donné raison à la Fédération en exigeant la publication de ce décret tant attendu, avec l'ambition de fournir un socle aux quelque 120 000 collaborateurs exerçant aujourd'hui pour le compte d'agents immobiliers ou de syndics titulaires de la carte professionnelle. Désormais, tous devront se soumettre à une formation initiale reposant sur deux critères alternatifs : une expérience professionnelle d'au moins 18 mois dans un poste similaire, ou un cursus minimum de 42 heures de formation (dont 28 heures en présentiel et 14 heures en distanciel). L'objectif : éviter de potentiels litiges ou erreurs grâce à une maîtrise minimum des aspects juridiques et contractuels, ou une meilleure compréhension des réglementations. Pour ceux qui étaient déjà habilités avant l'entrée en vigueur du présent décret, pas de changement, ceux-ci étant considérés comme remplissant les conditions requises.

Contraintes budgétaires et administratives

Pour Loïc Cantin, le président de la FNAIM, cette décision marque une victoire essentielle pour la profession et pour la qualité du service rendu aux clients, car il était impératif d'encadrer la formation initiale des collaborateurs afin de garantir un niveau de compétence et de professionnalisme à la hauteur des exigences du métier. Du côté des intéressés, les avis divergent, allant des plus positifs : « C'est renforcer la crédibilité de l'agent immobilier, ça rassure les clients, ça permet de faire monter en compétence nos agents et de certifier cette compétence. Cet investissement de départ est au bénéfice de l'activité, pour éviter derrière des critiques, des contestations, des erreurs de débutants » assure Chrystelle Afeiche, responsable RH et juridique des agences Lodgis... Aux plus négatifs : « 42 h de formation, ça ne pèse pas bien lourd, déplore Benoît, mandataire indépendant (1). Et puis, on se demande si la FNAIM veut réellement aider l'ensemble des professions immobilières ou au contraire, relancer la guerre contre les réseaux de mandataires, car ça n'est pas très fair-play pour les agences ou les mandataires indépendants. Pour moi, ça profitera surtout aux réseaux qui ont les reins solides : moyens financiers, ancienneté et formation en interne. »

Aussi des questions de mise en œuvre

Car si une formation est effectivement déjà proposée par de nombreux réseaux lors du recrutement de nouveaux conseillers, cette obligation pourrait en revanche engendrer de nouvelles contraintes administratives et de nouveaux coûts, pour les indépendants. « Il faut effectivement quand même se poser la question de petites agences qui n'ont pas forcément de force budgétaire, constate Chrystelle Afeiche. Elles risquent d'être en difficulté, au démarrage ou au recrutement, parce que sans cette formation et cette délégation de carte, leurs collaborateurs ne pourront pas commencer leur activité. »
La question de l'organisation, aussi, demeure : « Il faut veiller à ce que ça ne soit pas un frein à rentrer dans le métier ou à suivre ces nouvelles réglementations, déclare Chrystelle Afeiche. Ce n'est pas seulement la formation qui pose question, c'est tout ce qui va avec. Ce n'est pas qu'un coût financier, c'est aussi une organisation qui doit changer. Nous, en tant que filiale d'un grand groupe immobilier, notre formation, on la maîtrise, on la construit. Mais que va-t-on nous imposer demain ? Qui va suivre ? À quelle régularité ? Est-ce qu'on va devoir vérifier le fonds, la forme, la durée, etc. Ou, est-ce que quelqu'un supervisera tout ça ? » L'avenir proche le dira, la FNAIM affirmant rester attentive à la mise en œuvre de cette décision et au respect des délais fixés par le Conseil d'État afin que la profession dispose enfin d'un cadre clair et sécurisé.

(1) Le prénom a été changé

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