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Béton de chanvre : un matériau biosourcé au service de la construction durable

Dans le cadre de la RE2020, la décarbonation du secteur du bâtiment s'impose comme une priorité. Cette réglementation environnementale place l'analyse du cycle de vie des matériaux et équipements au cœur des critères de performance, incitant les acteurs de la construction à privilégier des solutions à faible impact environnemental. Parmi elles, les matériaux biosourcés, composés majoritairement de matières d'origine végétale ou animale, se démarquent comme des leviers essentiels pour répondre aux nouvelles exigences. Focus sur le béton de chanvre, l'un des matériaux biosourcés les plus prometteurs pour une construction durable et responsable.
Un allié biosourcé pour la construction bas carbone
Le béton de chanvre, composé à partir de chènevotte, la fibre ligneuse issue de la tige de chanvre, se distingue par une empreinte carbone particulièrement faible à la fabrication, tout en garantissant d'excellentes performances en isolation thermique et en régulation de l'humidité.
Sa composition repose sur un triptyque simple mais technique : chènevotte, liant minéral (souvent à base de chaux hydraulique naturelle) et eau. Chaque ingrédient influence la résistance mécanique, la durabilité et la performance thermique du matériau. La formulation standard comprend un volume de liant, un volume d'eau et trois à quatre volumes de chènevotte.
Ce mélange peut être mis en œuvre de différentes façons : coulé dans un coffrage, projeté mécaniquement ou appliqué en enduit. Son utilisation requiert un savoir-faire spécifique mais reste maîtrisable par des professionnels formés, avec des temps de séchage raisonnables et une grande souplesse d'adaptation aux chantiers.
Au-delà de ses qualités environnementales, le béton de chanvre est aussi un excellent régulateur d'humidité. Sa structure poreuse lui permet d'absorber jusqu'à 25 % de sa masse sèche en humidité, qu'il restitue lentement sans provoquer de condensation. Son coefficient de résistance à la vapeur d'eau (μ), compris entre 3 et 6, en fait un matériau perspirant idéal pour assurer un confort intérieur stable et sain.
Une réponse naturelle aux enjeux de confort thermique et climatique
Au-delà de son faible impact carbone, le béton de chanvre séduit par ses performances thermiques remarquables, particulièrement adaptées aux exigences actuelles de confort et d'efficacité énergétique. Grâce à sa structure poreuse et à sa composition naturelle, ce matériau est capable de réguler durablement la température intérieure, en particulier dans les zones soumises à des épisodes de forte chaleur.
Cette efficacité repose sur une combinaison rare : faible conductivité thermique, forte capacité thermique massique et excellent déphasage. Selon Construction Durable, le béton de chanvre atteint une capacité thermique de 1 200 J/kg.K en moyenne. Il absorbe la chaleur en journée pour la restituer progressivement, limitant ainsi les risques de surchauffe et favorisant un confort d'été passif, sans recours systématique à la climatisation.
Les mesures de déphasage thermique sont particulièrement significatives : pour un mur de 35 à 40 cm d'épaisseur, le décalage entre le pic de chaleur extérieur et la transmission à l'intérieur peut atteindre 8 à 12 heures. Une performance qui permet de stabiliser les ambiances intérieures, même en période de canicule, sans avoir à sur-isoler les bâtiments.
En conditions réelles, les constructions en béton de chanvre affichent un gain thermique moyen de 2 à 4 °C par rapport à des parois inertes. Cette inertie thermique naturelle se traduit également par une réduction notable des besoins en chauffage, estimée entre 25 et 35 %, en fonction de l'orientation du bâtiment et des solutions d'isolation complémentaires mises en œuvre.
Un matériau fiable pour l'acoustique et la protection incendie
Longtemps plébiscité pour ses qualités environnementales et thermiques, le béton de chanvre s'impose également comme un matériau performant en matière d'acoustique et de sécurité incendie. Des atouts qui en font une solution de plus en plus prisée dans les projets d'habitat collectif, d'équipements publics ou de bureaux en milieu urbain.
Sur le plan acoustique, ses performances sont notables, notamment dans les basses et moyennes fréquences. Son coefficient d'absorption acoustique (αw) varie de 0,5 à 0,7 selon l'épaisseur et la densité du mur, tandis que l'indice d'affaiblissement (Rw) atteint 40 à 45 dB sans doublage sur une paroi de 35 cm. De quoi répondre aux exigences de confort sonore dans des espaces sensibles comme les salles de classe ou les open spaces.
Autre point fort : son excellent comportement au feu. Classé Euroclasse B-s1,d0, le béton de chanvre présente une faible inflammabilité, une production de fumées très limitée et une carbonisation lente. Ces caractéristiques permettent une réaction maîtrisée en cas d'incendie, avec une propagation quasi inexistante.
De plus, les derniers essais réalisés par le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) en 2023 confirment une tenue au feu supérieure à une heure, sans traitement ignifuge supplémentaire. Une performance qui dépasse les exigences de nombreuses applications tertiaires, et qui renforce l'attrait du matériau pour les maîtres d'ouvrage en quête de solutions sûres, durables et conformes aux réglementations en vigueur.
Dans un contexte réglementaire exigeant et un marché en quête de solutions durables, le béton de chanvre coche tous les indicateurs de performance. Matériau biosourcé, efficace et sûr, il offre une réponse concrète aux enjeux de la RE2020. Il appartient désormais aux acteurs de la construction de l'intégrer pleinement dans leurs projets pour bâtir l'immobilier de demain.
Photo | Canva Pro
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