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INNOVATION

Des logements sociaux imprimés en 3D

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Un bâtiment résidentiel collectif de 12 appartements est bâti grâce à la technologique de l'impression sur site en 3D béton. Ce projet est le fruit d'une coopération internationale et tient compte de l'évolution de modes constructifs moins carbonés.

L'impression des bâtiments peut-il devenir un remède à la crise du logement en France ? Difficile d'en être certain à court terme. En revanche, la volonté d'innover afin d'industrialiser la construction est bien réelle. La preuve : ce secteur utilise l'impression 3D. Cette technique n'est pas une nouveauté. Mais cette fois, les murs ne sont pas livrés « tout faits » (à l'image des maisons), mais voient le jour directement sur le terrain.

La scène est en rupture avec les habitudes d'un chantier. Un ouvrier, penché sur ordinateur portable supervise un portique robotisé pour l'impression 3D béton d'un immeuble de logements sociaux. Pour ce type de bâti, c'est une première en France. « C'est un petit peu la même chose que l'imprimante 3D que chacun peut avoir chez soi, sauf qu'elle est géante puisqu'elle va englober tout le gabarit du bâtiment à construire », explique Jérôme Florentin, directeur de la maîtrise d'ouvrage et de l'aménagement chez Plurial Novilia.

Filiale du groupe Action Logement, Purial Novilia travaille sur ce projet de bâti à loyers encadrés, dans la commune de Bezammes, située dans la banlieue rémoise. Cette ville a pris énormément d'ampleur depuis l'implantation d'une gare TGV. Sur le chantier a pris place un portique amovible de 11 mètres de haut et 12 mètres de large. Il y a également « une tête d'impression » dont le rôle est d'imprimer tous les murs.

Ces murs, qui s'élèvent, sont des rangées superposées d'une pâte molle et grise qui sort de l'imprimante avant de se solidifier. « "L'encre", c'est "un vrai béton", avec des granulats, des cailloux qui viennent de carrières en provenance de la région », ajoute Jérôme Florentin.

Cette technique d'impression 3D béton n'est pas une première en France. Pour rappel, cette technologique a déjà permis de créer une tour de bureaux près de Valenciennes, dans le nord de la France, ou de maisons déjà vendues par le même bailleur social à Reims. En revanche, cette fois les murs ne sont pas livrés « tout faits », comme pour les maisons. Ils sont réalisés directement sur le terrain. L'ambition finale est de donner un immeuble de 9 mètres de haut, allant du rez-de-chaussée au deuxième étage, avec 12 logements et 800 mètres carrés habitables au total. La livraison définitive est prévue pour le premier trimestre 2026.

Une coopération internationale

Le produit final sera scruté au-delà des frontières françaises, comme le veut la coopération internationale. Une technologie allemande et un portique danois (Cobod) font partie du casting et figurent aux côtés de l'architecte français (collectif Hobo) et d'une entreprise française (Demathieu Bard).

Tablette numérique en main, Chikazez Ugwu, ingénieur appliqué chez Peri 3D Construction, est l'un des deux ouvriers allemands qui supervisent le chantier. Son compatriote, Simon Wein, a le nez plongé dans son ordinateur portable. A côté, le portique est en mouvement, loin du cliché grue-truelle-coffrage. D'ailleurs, par rapport à un chantier classique, les nuisances sonores sont minimes.

« Ici sur ce chantier on économise 10% de matériaux du fait de la liberté de design permise par la 3D avec des formes arrondies », quand l'angle droit règne dans le bâti traditionnel, détaille Hélène Lombois-Burger, directrice recherche et développement bétons et granulats chez Holcim (groupe suisse). Nicolas Bouillard, directeur régional adjoint de Demathieu Bard ajoute que le robot « peut imprimer la forme qu'on souhaite avoir, dans le bâti traditionnel on est limité avec des coffrages spécifiques à faire ». Cette entreprise est notamment en charge des travaux qui échappent au robot : escaliers, cage d'ascenseur, poutres, planchers...

Gain de temps de trois mois

Par rapport à une technologie classique, le gain de temps est de trois mois. Le surcoût de construction « de l'ordre de 30% encore par rapport à un bâtiment traditionnel ». Cet écart pourrait être réduit voire gommé « dans 5 ou 10 ans » annonce, Jérôme Florentin. L'investissement global est de 4,5 millions d'euros. Le surcoût tient également au béton à qui « on demande de pouvoir tenir les charges et aussi d'être bas carbone », répond Hélène Lombois-Burger. « Mais c'est un bâtiment qui peut être livré plus tôt avec des rentrées de loyers qui vont arriver plus rapidement », enchaîne Jérôme Florentin. Cette productivité accrue est réalisée avec un personnel divisé de moitié, par rapport à un chantier classique. Cette technologique peut-elle faire de l'ombre au marché de l'emploi ? « Le bâtiment est moins attractif, on a du mal à recruter », relativise Nicolas Bouillard. « Plus personne n'a envie de se retrouver dans un environnement avec port de charges lourdes, poussière, risques physiques, bruit », prolonge Hélène Lombois-Burger. Et d'ajouter : « On va créer des emplois qualifiés, par exemple pour la confection ou l'entretien du robot ».

Photo | Pixabay

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