Logo Expression

INNOVATION

Limiter l'impact environnemental du béton : focus sur l'approche bas carbone de Materrup

Canva pro

Matériau de construction incontournable, le béton est le plus utilisé au monde. Chaque seconde, ce sont près de 6 milliards de m³ qui sont coulés chaque année, selon Planetoscope. Avec une densité variant de 300 à 1 300 kg par m³ selon les granulats employés, son usage massif soulève aujourd'hui une problématique de fond : son empreinte carbone. Le béton serait responsable de 4 à 8 % des émissions mondiales de CO, en grande partie à cause de la production de ciment.

Face à cet enjeu, de nouveaux acteurs émergent pour repenser la filière. C'est le cas de Materrup, une entreprise landaise qui développe un ciment bas carbone à base d'argile crue locale, sans cuisson. Zoom sur l'impact environnemental du béton et les innovations qui dessinent une alternative plus durable pour le secteur immobilier.

Béton : un pilier de la construction au lourd héritage carbone

Matériau omniprésent dans le paysage urbain, le béton est prisé pour sa résistance, sa longévité souvent supérieure à 100 ans et sa faible exigence en entretien. Il est considéré par les acteurs de la construction comme un pilier de la durabilité structurelle. À tel point que, selon Brut, sa masse totale sur Terre dépasserait désormais celle de l'ensemble des arbres de la planète.

Mais ce matériau, aussi incontournable soit-il, est également l'un des plus polluants. La production de béton standard, composé de sable (35 %), de graviers (45 %), de ciment (10 à 12 %) et d'eau (10 %), est extrêmement gourmande en ressources. Le ciment, utilisé comme liant, concentre à lui seul une part importante des émissions de gaz à effet de serre générées par le secteur.

En effet, selon la Global Cement and Concrete Association (GCCA), le ciment serait responsable de près de 7 % des émissions mondiales de CO, soit trois fois plus que l'ensemble du transport aérien. Cette empreinte s'explique par la production du clinker, issu d'un mélange de calcaire (80 %) et d'argile (20 %), porté à très haute température. Ce procédé de cuisson libère d'importantes quantités de dioxyde de carbone, rendant chaque tonne de ciment équivalente à une tonne de CO émise.

Résultat : le couple ciment-béton affiche un bilan carbone particulièrement lourd. À tel point que, selon l'entreprise Carbo, s'il était un pays, il serait le troisième émetteur mondial de gaz à effet de serre, derrière la Chine et les États-Unis.

Face à cet impact environnemental massif, il devient essentiel d'examiner de plus près l'industrie cimentière en France, à la fois pilier du secteur de la construction et enjeu clé de la transition écologique.

Industrie cimentière en France : entre inertie structurelle et nécessité de transition

En France, la production de ciment représente près de 3 % des émissions nationales de gaz à effet de serre, selon Radio France (2022). Malgré une réduction annoncée de 40 % de ses émissions depuis les années 1990, l'industrie cimentière reste fortement émettrice : pour chaque tonne de ciment produite, jusqu'à 650 kg de CO peuvent encore être relâchés dans l'atmosphère. Un recul en trompe-l'œil, puisque selon le think tank The Shift Project, cette baisse serait davantage due à la diminution de la demande qu'à de réelles transformations structurelles du secteur.

Autre frein majeur à la transition : la forte concentration du marché. Selon l'Insee, 35 des 43 sites de production de ciment en France appartiennent à seulement cinq grands groupes, qui contrôlent environ 95 % du marché. Une situation oligopolistique qui limite la dynamique concurrentielle et freine l'adoption rapide d'innovations à faible impact environnemental. Résultat : la France, bien qu'étant le deuxième producteur de ciment en Europe, peine à aligner sa production sur les enjeux climatiques actuels.

Face à cette inertie, la feuille de route sectorielle publiée en 2021 fixe des objectifs ambitieux : une baisse de 24 % des émissions d'ici 2030, et de 80 % à l'horizon 2050, par rapport à 2015. Des cibles qui s'inscrivent dans le cadre de la Stratégie Nationale Bas Carbone, pilier de la trajectoire climatique française.

Dans ce contexte marqué par une industrie cimentière encore peu réformée, des acteurs émergents comme Materrup cherchent à bousculer le modèle dominant en proposant des alternatives plus durables et ancrées dans une logique de décarbonation locale.

Materrup : le béton bas carbone qui séduit l'immobilier durable

Materrup, une entreprise basée à Saint-Geours-de-Maremne (Landes), se démarque en réinventant le ciment grâce à un procédé unique à base d'argile crue. Une innovation qui vise à concilier performance technique et impact environnemental réduit.

Le ciment développé par Materrup ne nécessite ni cuisson ni combustion fossile. « Notre ciment est produit à partir d'argile crue, non calcinée. Nous n'utilisons pas de four, pas de chaleur. », explique Julie Neuville, présidente de l'entreprise, dans un reportage diffusé sur France 3 Nouvelle-Aquitaine. Résultat : une réduction de moitié des émissions carbone par rapport au ciment classique, tout en assurant une compatibilité avec 80 % des applications du BTP.
Outre son procédé à froid, l'entreprise s'appuie sur une logique de relocalisation industrielle. « On a essayé de remettre du bon sens en essayant de relocaliser les activités, d'essaimer tout ça sur différents territoires pour réduire le transport entre l'extraction de la matière première, l'argile, et la mise en œuvre du béton. », précise Charles Neuville, cofondateur, lors d'un entretien accordé à Brut. L'ensemble du processus est alimenté à l'électricité, sans recours au gaz ni au pétrole, renforçant encore son profil bas carbone.

Protégé par 50 brevets internationaux, ce ciment nouvelle génération a déjà convaincu les investisseurs. Materrup a levé 26 millions d'euros en 2024 pour développer une dizaine d'usines en France et en Europe. Pour les professionnels de l'immobilier engagés dans la transition écologique, cette technologie représente une alternative concrète, fiable et scalable pour bâtir bas carbone.

Si Materrup ouvre des perspectives intéressantes pour une construction bas carbone, la véritable révolution ne pourra advenir sans un alignement plus large : évolution des réglementations, soutien public massif à l'innovation, et volonté du secteur du BTP de sortir d'un modèle encore largement dépendant du ciment traditionnel. L'avenir de ce type d'innovation dépendra donc autant de sa robustesse technologique que de sa capacité à s'inscrire dans un écosystème industriel et réglementaire en pleine mutation.

Photo | Canva pro

© 2026 acheter-louer.fr, Toute reproduction même partielle est strictement interdite

#Innovation

#Construction

#Béton

Partagez :

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée