MÉTIER
Syndic, la profession en mal de candidats

Depuis le 1er janvier 2022, un arrêté de la loi Elan rend obligatoire la remise d'une fiche d'informations standardisée par les syndics aux copropriétaires, sur les prix et prestations qu'ils proposent. Ces nouvelles mesures entourant leurs pratiques mettent en lumière une profession peu connue et mal jugée des Français. Difficulté de recrutement, rémunération, ubérisation. Que faire pour redorer le blason de ces métiers pourtant essentiels ?
Pour Stéphane Pujol, dirigeant de l'agence Immobilière Pujol à Marseille - menant des activités de transaction et de gestion locative, mais également de syndic - le constat est simple : « Les métiers du syndic font partie des professions les plus détestées des Français : ils nous jugent trop chers, pas assez compétents, pas assez transparents, pas disponibles et j'en passe. » C'est un fait, les syndics souffrent d'une mauvaise réputation auprès du grand public, mais pas seulement, puisqu'ils sont également boudés par les professionnels eux-mêmes. « Nous constatons une véritable tension sur le marché des administrateurs de biens, indique Patrick Frigaux, Directeur général d'Immo City et ancien professeur au sein de l'ESPI. Ayant moi-même enseigné dans une école d'immobilier, je me suis rendu compte du manque de connaissance des étudiants autour de cette profession qui pourtant séduit tous ceux qui l'entament. En conséquence, les candidats pour faire carrière dans cette profession sont peu motivés. » Car si en théorie l'immobilier est une voie prometteuse pour étudiants et adultes en reconversion professionnelle, « ils préfèrent, et de loin, se tourner vers les métiers de la transaction et de la promotion immobilière », ajoute Stéphane Pujol.
Mettre les mains dans le cambouis
L'aspect relationnel est-il seul responsable de ce désintérêt ? « Pas que », selon le dirigeant marseillais. « Nous faisons un métier complexe, où il faut mettre les mains dans le cambouis et ne pas compter ses heures. La pression peut être forte. Nous sommes en quelque sorte le SAV de l'immobilier. » Travaux urgents à effectuer ou travaux plus longs à anticiper, gestion et entretien des copropriétés, gestion budgétaire et administrative, relation avec les artisans, sinistres, maintien et amélioration du confort et des usages. La palette des missions dont les syndics ont la charge est en effet très large. Encore plus à l'heure de l'urgence climatique et de la nécessité pour les immeubles d'engager leur transformation. « La règlementation est de plus en plus lourde et évolue très vite. Il faut aussi être compétents en droit, comptabilité, technique. Qui, à part nous professionnels, est en capacité d'accompagner les copropriétaires correctement ? » s'interroge Stéphane Pujol. Le professionnel prévient : « Si la profession ne parvient pas à recruter plus de candidats compétents et si les Français ne comprennent pas l'importance de notre rôle, les conséquences peuvent être considérables avec des immeubles dégradés ou des quartiers délaissés parce que trop difficiles à gérer. À Marseille, nous le mesurons quotidiennement. »
Pour les professionnels de terrain, l'autre risque repose également sur une ubérisation des pratiques : « La situation actuelle est préoccupante : nous ne sommes pas à l'abri d'une ubérisation de la gestion de biens, s'inquiète Patrick Frigaux. De nouveaux acteurs digitaux commencent d'ailleurs à explorer la profession en se passant de gestionnaires et donc de l'aspect humain. Un aspect pourtant nécessaire à la bonne pratique de la gestion de biens ».
Rendre à la profession les valeurs qu'elle mérite
Photo | Lomig sur Unsplash
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#Administration de biens
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