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MARCHÉ

En Chine, fin de la période dorée pour les promoteurs immobiliers

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En déclin depuis de longs mois, le marché de l’immobilier chinois commence à peine à se relever de trois années compliquées en raison de la crise sanitaire. En revanche, il est exclu qu’il retrouve ses niveaux d’antan. Pour les promoteurs du pays de l’empire du Milieu, la période dorée est révolue.

Pour les promoteurs immobiliers en Chine, l’âge d’or est désormais fini. Même si des signes montraient du mieux ces derniers temps, certains promoteurs chinois ont été échaudés par la crise immobilière. Après une année noire, ils commencent à voir le bout du tunnel d’un marché qui va à présent ralentir durablement.

Pour rappel, depuis que la Chine a entamé la voie de libéralisation en 1988, le secteur immobilier chinois a connu une croissance fulgurante, dans un pays où bien souvent, l’acquisition est un prérequis au mariage et à un investissement.

Crise de confiance

Grâce aux prêts bancaires, les promoteurs ont pu se développer à grande vitesse depuis près de deux décennies. En revanche, leur endettement a tellement grandi que les autorités ont pris la décision en 2020 de fortement les ralentir. Depuis, l’accès au crédit a considérablement baissé tandis que la demande en biens immobiliers s’essoufflait, sur fond de ralentissement économique et d’une crise de confiance.

La quasi-faillite du désormais ex-numéro un du secteur, Evergrande, a largement provoqué ce phénomène qui a gagné les autres promoteurs, mis, à leur tour, à l’écart par les acheteurs potentiels par craintes de déboires similaires.

Pour rappel, l’ancien poids lourd de l’immobilier chinois était étranglé par une dette estimée en 2021 à quelque 300 milliards de dollars. Au début du mois d’avril, Evergrande avait annoncé que son plan de restructuration avait été négocié et approuvé par un groupe de créanciers internationaux. Cela représentait une avancée majeure vers l’allégement de sa dette colossale.

En Chine, la plupart des biens neufs sont déjà payés avant même que les travaux ne débutent. Avec des ventes en repli de 24%, « l’immobilier a connu l’an dernier sa pire contraction de l’histoire », complète Rosealea Yao, du cabinet Gavekal Dragonomics, spécialisé sur l’économie chinoise. « La crise sanitaire a été un facteur d’anxiété aggravant, qui a poussé nombre d’acheteurs potentiels à reporter l’achat d’un bien ».

Des signes de stabilisation

Ecœurés par les interruptions de chantiers d’un certain nombre de promoteurs faute de liquidités, certaines propriétaires ont également fait la une grève des mensualités, ce qui a clairement chahuté le secteur. Et cette réaction, qualifiée de coup de sang par de nombreux professionnels de l’immobilier chinois, a davantage aggravé la crise. Toutefois, selon l’agence de notation Fitch, « le marché immobilier chinois montre des signes de stabilisation » depuis début 2023, après une année noire.
D’après des chiffres publiés fin avril par le Bureau national des statistiques (BNS), les principales villes en Chine ont connu une hausse sensible des prix de l’immobilier en mars 2023. Sur 70 villes qui composent l’indicateur officiel de référence, 64 étaient ainsi concernées par cette augmentation des prix. Pour rappel, elles n’étaient que 55 en février, et 36 en janvier. Comme l’indique l’analyste Shehzad Qazi, du cabinet d’études China Beige Book, « il s’agit d’un signal fort qui montre que la reprise tant attendue prend enfin racine ».

La demande spéculative ne revient pas

Toutefois, comme le tempère, John Lam, qui suit pour la banque UBS le marché immobilier chinois, « Un rebond est possible ces prochains mois mais à long terme – l’année prochaine ou la suivante – je n’en vois pas davantage ». L’expert ajoute aussi : « la population chinoise a commencé à baisser en 2022 ». Et cette tendance est amenée à se poursuivre et pèsera inévitablement sur la demande en biens immobiliers.
John Lam ajoute par ailleurs que « la demande spéculative ne revient pas », au moment où le pouvoir chinois répète inlassablement que les logements sont faits pour « y vivre » et non pas y faire de « la spéculation ». Conséquences : l’immobilier pourrait connaître « des rebonds périodiques », annonce Shehzad Qazi avant de nuancer et de préciser que l’époque d’une croissance rapide est « probablement révolue ».

En Chine, l’immobilier est un pilier indispensable de la croissance du pays et représente, grâce à la construction, environ un quart du PIB du pays. Pour les collectivités locales, il est aussi une source importante de revenus. Après trois ans de dépenses énormes en raison de la crise sanitaire, les finances des collectivités locales sont exsangues.

Un secteur convalescent

Afin de relancer un secteur en grande difficulté, les autorités chinoises semblent adopter une approche plus conciliante depuis novembre 2022, avec, par exemples, des mesures de soutien ciblées pour les promoteurs les plus équilibrés financièrement, aux résultats contrastés.

Selon les derniers chiffres du BNS, le nombre de mises en chantier de logement neufs s’est contracté de 29% en mars dernier sur un an (après -9,4% en janvier-février). Et ce, malgré une faible base de comparaison avec 2022 quand l’immobilier en Chine était en pleine tourmente.

L’économiste Larry Hu, de la banque d’investissement Macquarie, met en garde : si le secteur est actuellement engagé sur « la voie de la guérison », il n’est toutefois « pas encore tiré d’affaire ». « Les promoteurs restent prudents et donnent la priorité à l’achèvement des projets existants plutôt qu’au lancement de nouveaux », relève-t-il encore.

Un exode attendue de la population

Selon Rosealea Yao, la reprise profite essentiellement aux grandes villes (comme Pékin et Shanghai) qui ont retrouvé leur dynamisme de 2019. En revanche, dans les petites villes, bien moins pourvues sur le plan économique, en termes de ressources et d’éduction, le marché immobilier ne montre toujours « aucune amélioration ». Moins attractives, ces villes ont de fortes chances de « souffrir d’un exode de population », prévient enfin John Lam.

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