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Encadrement des loyers : aucune influence sur les marchés de Lille et Lyon, selon Clameur

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L'Observatoire des loyers Clameur a dévoilé, le 18 novembre, une étude qui pourrait rebattre les cartes du débat sur l'encadrement des loyers à Lyon (Rhône) et Lille (Nord). Contrairement aux attentes, le dispositif ne parviendrait pas à freiner la hausse des loyers dans ces deux métropoles. Un constat qui intervient alors que l'encadrement des loyers est au cœur de l'actualité depuis juin, porté par une proposition de loi visant à le pérenniser et renforcé par un rapport publié en septembre allant dans le même sens. Aujourd'hui, les nouvelles données de Clameur offrent un éclairage inédit sur l'efficacité réelle du dispositif. Place à l'analyse.

Une efficacité contestée malgré des signaux locaux encourageants

Instauré par la loi ALUR en mars 2014 puis réajusté par la loi ELAN, l'encadrement des loyers fait aujourd'hui l'objet d'une expérimentation de cinq ans, appelée à s'achever en 2026. Conçu pour limiter la hausse des loyers lors de la mise en location d'un logement - qu'il s'agisse d'un bail classique d'habitation ou d'un bail mobilité - le dispositif vise à protéger les locataires tout en garantissant un niveau minimal de qualité des biens. Initialement déployé à Paris, Lille, Lyon et Bordeaux, il a depuis été adopté par de nombreuses autres communes volontaires.

À Lyon, la Métropole observe une réduction significative de l'écart entre les loyers réels et les loyers plafonnés, passé de 36 % à 29 % entre 2022 et 2024, signe d'une régulation plus efficace. À Lille, une analyse locale fait état de 85 000 € de trop-perçus restitués en cinq ans, plaidant en faveur du dispositif. Mais les conclusions publiées le 18 novembre par Clameur viennent nuancer, voire contrarier, ces résultats.

Une étude qui remet en cause l'impact du dispositif

Dans son rapport consacré spécifiquement à Lyon (sous encadrement depuis 2021) et Lille (pionnière depuis 2020), l'observatoire Clameur affirme que l'encadrement des loyers n'a produit aucun effet mesurable sur les loyers, et surtout n'a pas entraîné de baisse dans les deux villes pourtant utilisées comme territoires tests.

Pour mener leur analyse, les auteurs Guillaume Toussaint et Arnaud Simon expliquent avoir adopté une méthode inspirée des sciences médicales : une comparaison entre un « groupe traité » (Lyon et Lille) et un groupe de contrôle composé de villes similaires mais non soumises à l'encadrement, telles que Toulouse ou Rennes. Paris, cas à part, a été volontairement exclu en raison de ses spécificités socio-économiques.

Les données recueillies par Clameur montrent que les loyers ont augmenté de 16 % en dix ans, soit une progression plus modérée que l'inflation, estimée à 24,7 % sur la même période. Pour l'observatoire, cette dynamique insuffisamment différenciée par rapport aux villes non encadrées illustre une efficacité limitée du dispositif. Clameur conclut que l'encadrement ne fait pas baisser les loyers à Lyon ni à Lille et tend même à contraindre l'offre locative privée, une analyse relayée notamment par Nice Presse.

Ces analyses divergentes trouvent un écho direct sur le terrain, où les professionnels de l'immobilier expriment des ressentis contrastés, partagés entre la volonté de mieux réguler les pratiques et la perception d'un dispositif qui complexifie leur activité et pèse sur la dynamique du marché locatif.

Un dispositif qui fragilise l'offre et interroge les acteurs du marché

Souvent perçu comme une contrainte pour les propriétaires bailleurs, l'encadrement des loyers limite leur liberté de fixer le montant des loyers en imposant un plafond réglementaire. Un mécanisme pensé pour lutter contre les dérives tarifaires et faciliter l'accès au logement, mais qui, sur le terrain, suscite de nombreuses réserves.

Dans une intervention diffusée en novembre 2025 sur la chaîne YouTube de Xerfi, Alexandre Mirlicourtois, directeur des études économiques du groupe, résume ce malaise : « L'encadrement des loyers décourage les propriétaires. Sans maîtrise de leurs revenus locatifs, ils préfèrent ne plus louer, ne plus investir ou ne plus entretenir leurs biens. »
Un constat partagé par plusieurs professionnels du secteur. Olivier Safar, président de Safar Immobilier, interrogé sur Sud Radio en septembre 2025, rappelle que l'intention initiale du dispositif avait pourtant été accueillie favorablement : « Au départ, on s'était dit que c'était une bonne solution, que cela allait corriger la crise et faciliter l'accès au logement. » Mais quatre ans après le début de l'expérimentation, le bilan qu'il dresse est nettement plus mitigé.
Selon Olivier Safar, l'encadrement des loyers a entraîné une chute spectaculaire de l'offre locative. « Entre janvier 2021 et septembre 2024, l'offre en région parisienne a diminué de 55 %, alors même que la demande a doublé. »
Face à cette pression croissante, une partie des bailleurs aurait délaissé le marché traditionnel. « L'encadrement des loyers a fait partir les propriétaires. Beaucoup de biens ont quitté le marché locatif classique : certains sont passés en Airbnb, d'autres en coliving, en bail mobilité ou en bail code civil. » Une évolution qui, selon lui, figure parmi les causes majeures de la tension actuelle.
Pour le président de Safar Immobilier, le message est sans ambiguïté : l'encadrement des loyers ne peut être généralisé et ne doit pas devenir pérenne. « Qu'on le modifie pour l'adapter davantage aux réalités du marché, je peux le comprendre. Mais en aucun cas cela ne doit être pérennisé. Cela ne fonctionne pas partout, et encore moins dans des communes où l'offre de logement est déjà insuffisante. »

L'encadrement des loyers, initialement conçu pour protéger les locataires, semble aujourd'hui présenter un déséquilibre notable, agissant davantage comme une contrainte pour les propriétaires bailleurs. Alors que le dispositif continue de susciter des débats, il apparaît que sa mise en œuvre génère une pression croissante sur les acteurs du marché locatif. Si la protection des locataires reste une priorité légitime, cette approche ne peut faire abstraction de l'impact sur l'offre locative et l'engagement des bailleurs.

L'étude de Clameur met en lumière les limites de ce dispositif, avec des résultats qui varient fortement selon les villes, révélant une réalité souvent éloignée des objectifs initiaux. Bien que les conclusions de l'observatoire ne soient pas représentatives de toutes les zones géographiques, elles soulignent un fait incontestable : l'encadrement des loyers, tel qu'il est actuellement appliqué, semble nécessiter une réévaluation approfondie pour s'adapter aux spécificités locales et garantir son efficacité à long terme.

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