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Marché immobilier sous tension : hausse des taux et instabilité politique poussent les professionnels à revoir leurs prévisions

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Le 6 octobre a marqué un nouveau tournant pour le secteur immobilier français. La démission inattendue de Sébastien Lecornu, suivie du retrait de Valérie Létard du gouvernement, soulignent une instabilité politique accrue qui s'ajoute à une conjoncture économique déjà délicate. Dans ce contexte où les taux d'intérêt menacent de repartir à la hausse et où la pression environnementale s'intensifie, promoteurs, investisseurs et gestionnaires doivent naviguer dans un climat d'incertitude généralisée. Face à ces défis, le secteur, bien que fragilisé, ne renonce pas : des voix engagées émergent, porteurs de propositions concrètes pour redonner souffle et confiance à un marché en quête de stabilité et de renouveau.

Instabilité politique : des répercussions immédiates sur les taux et l'environnement de marché ?

La démission surprise de Sébastien Lecornu, annoncée le 6 octobre, a ravivé les tensions sur les marchés financiers. En quelques heures, le taux d'intérêt français à dix ans s'est envolé de 7 points de base, frôlant les 3,60 %. Cette réaction illustre la sensibilité exacerbée des marchés face aux incertitudes politiques et relance le débat sur l'évolution à venir des taux immobiliers, qui s'étaient pourtant stabilisés depuis septembre.

Les professionnels s'interrogent désormais sur les conséquences potentielles de cette volatilité. Si l'impact immédiat sur les taux de crédit n'est pas encore visible, la tendance pourrait s'inverser rapidement en cas de maintien prolongé des tensions sur les emprunts d'État. « La démission du gouvernement n'avait pas été anticipée, donc les marchés ont réagi vivement. Mais il faudra encore attendre pour savoir si cela aura un impact sur les taux immobiliers », nuance Sandrine Allonier, porte-parole du courtier Vousfinancer (BFM Immo). Elle prévient toutefois : « Si les taux d'emprunt restent durablement élevés, les banques devront les répercuter sur les taux immobiliers. »

Dans un contexte économique déjà fragilisé, cette incertitude politique complique davantage la reprise du marché immobilier. La perspective d'une remontée des taux pourrait décourager les acquéreurs et ralentir les décisions d'achat, alors même que le pouvoir d'achat des ménages est en berne et que l'accès au crédit reste contraint. Pour les acteurs du secteur, ce climat d'instabilité accentue les difficultés d'un marché en quête d'oxygène.

La situation a été d'autant plus mal perçue que, dans la foulée, la ministre du Logement Valérie Létard a annoncé sur LinkedIn son retrait définitif du gouvernement. Un départ inattendu, vécu comme un véritable revers par la filière, qui exprimait alors sa déception : « Tant d'efforts qui auraient pu aboutir », « une mauvaise nouvelle pour le logement », ou encore « un coup dur pour une filière déjà sous pression ». Autant de signaux qui renforcent le sentiment d'abandon d'un secteur en première ligne des tensions économiques et politiques.

Rénovation énergétique : un secteur sous pression face à l'instabilité politique et à l'urgence climatique

Au-delà des tensions sur les taux d'intérêt et le marché immobilier, l'instabilité politique actuelle, combinée aux impératifs environnementaux, fragilise un autre pilier essentiel de la transition énergétique : la rénovation des bâtiments. Ce secteur, pourtant stratégique pour répondre aux objectifs climatiques et relancer l'activité, subit de plein fouet les à-coups des politiques publiques et le manque de visibilité sur les dispositifs d'aide.

Réunis lors du forum Renodays les 7 et 8 octobre, les représentants majeurs de la filière : Olivier Salleron (Fédération Française du Bâtiment), Jean-Christophe Repon (CAPEB), José Pretot (COEDIS) et Stanislas Lacroix (UNICLIMA) ont exprimé, dans le cadre d'une table ronde diffusée sur Radio Immo, leurs vives inquiétudes quant à la pérennité du modèle actuel. Intitulée « Relance de la rénovation énergétique : comment optimiser le parcours par étapes vers la rénovation d'ampleur en s'appuyant sur la filière professionnelle », cette rencontre a permis de dresser un état des lieux alarmant d'un marché en perte de vitesse.
En cause : un dispositif d'aides à la rénovation énergétique jugé instable et imprévisible. Suspendu puis réactivé récemment, le guichet unique de financement a laissé de nombreuses entreprises dans l'expectative. « Depuis deux ans, on est en récession. Nous avons perdu 5,5 % de chiffre d'affaires en 2024, et cette année, la tendance reste négative avec -3,5 %. Cela représente près de 10 % de pertes cumulées pour les métiers du bâtiment », alerte Olivier Salleron. Le président de la FFB évoque une véritable « tragédie » pour les entreprises, avec un recul généralisé de l'activité dans un secteur pesant 215 milliards d'euros. « Et aujourd'hui, c'est la rénovation énergétique qui est directement touchée, avec un repli de plus d'un milliard d'euros. »
Par ailleurs, Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB, partage cette inquiétude : « Nous observons un recul d'activité de l'ordre de 5 % sur les deux dernières années, ce qui est extrêmement préoccupant. » Alors que la filière est considérée comme un levier incontournable pour conjuguer performance énergétique des logements et relance économique, le manque de stabilité des politiques publiques menace les investissements et l'engagement des professionnels du secteur.

Dans ce contexte tendu, les représentants de la filière proposent des mesures concrètes et durables pour rétablir la confiance, sécuriser les aides et construire une stratégie cohérente de rénovation énergétique à long terme.

Rénovation énergétique : des leviers concrets pour relancer un marché en perte de vitesse

Lors des Renodays, plusieurs dirigeants ont livré un constat sans appel : les discours ne suffisent plus. Il faut désormais des solutions concrètes pour rétablir la confiance des ménages comme des professionnels. Pour Olivier Salleron, président de la FFB, la situation est limpide : « La rénovation énergétique est morte. Il faut la ressusciter. »
Stimuler le marché est, selon lui, la priorité absolue, bien avant toute tentative de restructuration des dispositifs existants. Il défend la mise en place d'un cadre administratif solide pour éviter les dérives, mais insiste également sur la nécessité de simplifier les démarches pour les acteurs de terrain. « Il faut une trajectoire claire de l'État. Les plus aisés parviennent à rénover, mais 70 % des Français ne peuvent pas engager de travaux faute de moyens », déplore-t-il, appelant à une innovation partagée avec le secteur bancaire.

Cette dimension financière est également au cœur des préoccupations de José Pretot, président de COEDIS, qui évoque la nécessité de « désintoxiquer » le marché. Selon lui, la dépendance aux aides publiques, couplée à la multiplication des pratiques frauduleuses, nuit gravement à l'image de la filière. Il plaide pour un assainissement du secteur grâce à des outils technologiques modernes, comme l'intelligence artificielle ou la blockchain, et à l'implication accrue d'acteurs tels que les banques, les assurances ou d'autres institutions de financement.

Par ailleurs, les intervenants s'accordent sur la nécessité de sortir de l'opposition entre rénovation globale et gestes techniques isolés. Une troisième voie, plus pragmatique, stable et lisible, apparaît comme une solution réaliste pour relancer une dynamique durable.

Mais au-delà des solutions techniques envisagées, une question centrale reste en suspens : qui, au sein du gouvernement, portera enfin une vision politique forte sur la rénovation énergétique et, plus largement, sur l'ensemble des enjeux liés au logement ?

Sur LinkedIn, la FFB interpelle directement le gouvernement conduit par Sébastien Lecornu, l'appelant à se mobiliser sans délai sur les dossiers urgents : relance du logement neuf, réforme du statut du bailleur privé, soutien au logement social, stabilisation de MaPrimeRénov' dans la durée, ou encore résolution du scandale lié à la REP Bâtiment. Autant de chantiers identifiés depuis des mois, mais toujours en attente de réponses concrètes.

Dans un contexte économique et politique instable, les professionnels de l'immobilier attendent désormais des orientations claires et des mesures cohérentes pour répondre aux enjeux du logement et de la rénovation énergétique. La filière reste mobilisée et force de proposition, mais une stratégie lisible, portée au plus haut niveau de l'État, semble désormais indispensable pour retrouver une dynamique durable.

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