Logo Expression

RÉFORME

MaPrimeRénov' : les dernières évolutions du dispositif font réagir les professionnels du secteur

Freepik

Début septembre, le gouvernement a publié un projet d'arrêté et de décret précisant les conditions de relance du dispositif MaPrimeRénov' dans sa version « rénovation d'ampleur » et actant sa prolongation jusqu'en 2026. Si cette reprise était attendue, elle suscite des réactions contrastées au sein des professionnels du bâtiment, déjà échaudés par la suspension brutale du dispositif juin dernier. Entre ajustements réglementaires et inquiétudes opérationnelles, tour d'horizon des dernières évolutions et de leurs impacts concrets pour les acteurs du secteur immobilier.

Un redémarrage partiel, encadré et recentré sur les logements énergivores

Début septembre, le gouvernement a publié un projet d'arrêté et de décret fixant les conditions de redémarrage de MaPrimeRénov', le principal dispositif d'aide à la rénovation énergétique. Ces nouvelles règles doivent s'appliquer à partir du 30 septembre 2025, date de réouverture partielle du guichet pour les rénovations d'ampleur individuelles.

Parmi les mesures clés, l'obligation de fournir un Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) pour les travaux par geste est repoussée au 1er janvier 2027. Un sursis bienvenu pour les professionnels de la rénovation, qui peuvent ainsi continuer à proposer des interventions ciblées, comme le remplacement de systèmes de chauffage ou l'isolation ponctuelle, sans exigence de diagnostic préalable, ce qui simplifie les démarches pour les ménages.

Autre changement notable : les ménages à hauts revenus sont désormais exclus du dispositif pour les gestes simples. Le montant de l'aide devient forfaitaire, déterminé en fonction du type de travaux et des revenus du foyer. Plusieurs gestes, jusqu'ici éligibles, sortent du dispositif : les chaudières biomasse (granulés, bois) ainsi que l'isolation des murs, par l'intérieur comme par l'extérieur.

« Sur les monogestes, on a des aides qui restent stables pour la plupart des travaux, mais deux gestes vont disparaître : les chaudières biomasse et l'isolation des murs », explique Audrey Zermati, directrice stratégique chez Effy, sur BFM Business.

Un recentrage fort sur les rénovations globales des passoires thermiques

Le parcours accompagné pour les rénovations d'ampleur sera désormais réservé aux logements les plus énergivores, portant une étiquette énergétique E, F ou G. La logique : concentrer l'effort public sur les logements les plus mal classés, afin d'accélérer leur remise à niveau.

Si le dispositif est maintenu, les montants d'aide sont revus à la baisse. Les plafonds de dépenses éligibles sont désormais fixés à :
- 30 000 € pour un gain de deux classes énergétiques,
- 40 000 € pour un gain de trois classes ou plus.
« On passe d'un plafond d'aide de 70 000 € à 40 000 € pour les rénovations les plus performantes. Les subventions sont resserrées, mais on garde de la visibilité et une certaine continuité », précise Audrey Zermati.

Si les montants sont réduits et les critères d'éligibilité resserrés, cette nouvelle version de MaPrimeRénov' a le mérite de clarifier les règles du jeu, tout en maintenant une dynamique d'accompagnement des rénovations performantes.

Mais du côté des professionnels de l'immobilier, cette réforme suscite un mélange d'espoirs et d'interrogations quant à son impact réel sur la dynamique des projets de rénovation et la structuration du marché.

Optimisme maintenu malgré les changements répétés du dispositif

Malgré les nombreuses évolutions qu'a connues MaPrimeRénov', Audrey Zermati, directrice stratégique chez Effy, reste confiante quant à l'intérêt durable des particuliers pour la rénovation énergétique. Selon elle, ces ajustements successifs ne freinent pas la dynamique des demandes. « Nous enregistrons entre 30 000 et 40 000 sollicitations mensuelles sur nos plateformes, sans aucun ralentissement », souligne-t-elle.
Pour cette experte, les professionnels et les particuliers du secteur immobilier doivent désormais élargir leur perspective au-delà des seules aides financières. « Il est essentiel de ne pas se focaliser uniquement sur les subventions, mais d'adopter une vision plus globale », insiste Audrey Zermati.

Elle appelle ainsi les acteurs du marché à s'adapter aux nouvelles réalités du dispositif et à repenser leurs stratégies en tenant compte des évolutions réglementaires. Cette approche proactive permettra, selon elle, de maintenir l'engagement autour de la rénovation énergétique.

En somme, si la réforme impose des ajustements, elle ne doit pas freiner l'essor des projets durables. Au contraire, elle invite à une réflexion plus large, intégrant les enjeux économiques, environnementaux et sociaux pour accompagner efficacement la transition énergétique du parc immobilier.

Pourtant, cet optimisme n'est pas partagé par l'ensemble des professionnels : de nombreux acteurs du secteur immobilier expriment des réserves, voire des inquiétudes, face à des réformes jugées de plus en plus contraignantes et à une instabilité réglementaire qui entretient un climat d'incertitude.

Urgence et inquiétudes face aux conséquences de la réforme

Lors de son intervention dans l'émission Les Experts de l'Immo, Sylvain Lefèvre, président fondateur de Synergiec, a pointé un paradoxe majeur : « On a l'impression que la rénovation est devenue une barrière dans la politique de l'État. » Ce constat souligne les tensions croissantes entre ambitions environnementales et réalités politiques.
Du côté des artisans, la situation est alarmante. La CAPEB a tiré la sonnette d'alarme en début septembre : « Les carnets de commandes des artisans du bâtiment continuent de se détériorer », avec une chute à 68 jours de travail en moyenne fin juin 2025, contre 72 un an plus tôt. Cette baisse d'activité, accentuée par la suspension du dispositif MaPrimeRénov', a engendré des difficultés financières pour de nombreuses entreprises artisanales, plus d'une sur cinq signalant des besoins de trésorerie urgents.
De plus, le syndicat dénonce également l'absence de mesures fortes pour soutenir la rénovation énergétique : « Le Gouvernement a décidé début juin de suspendre le dispositif Parcours accompagné MaPrimeRénov', privant brusquement les ménages et les artisans d'un soutien financier crucial aux travaux. », déplore la CAPEB. Cette décision pèse lourdement sur la dynamique du secteur et fragilise un marché déjà fragile.
De son côté, la Fédération Française du Bâtiment (FFB) exprime un désaccord profond sur ces choix. Dans un post LinkedIn, elle avertit : « Cette apparente bonne nouvelle masque un violent rabotage... La politique énergétique de la France est sacrifiée sur l'autel de Bercy ! » Olivier Salleron, président de la FFB, met en garde contre les conséquences dramatiques pour les ménages, artisans et entrepreneurs, et n'exclut pas une forte réaction de ses adhérents en cas de publication des textes.

La réforme de MaPrimeRénov' révèle un équilibre fragile entre ambitions environnementales et réalités économiques, suscitant autant d'espoirs que de fortes inquiétudes chez les professionnels du bâtiment.

Si la visibilité retrouvée est un atout, la réduction des aides et les critères resserrés posent un véritable défi pour la dynamique du secteur. Mais rien n'est encore définitif : les professionnels doivent rester attentifs et agiles face aux possibles changements, compte tenu de la situation politique actuelle.

Photo | Freepik

© 2026 acheter-louer.fr, Toute reproduction même partielle est strictement interdite

#Immobilier

#Réforme

#Actualité

Partagez :

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée