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En Argentine, la crise immobilière touche les locaux et épargne les étrangers

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A Buenos Aire, les loyers demeurent aujourd'hui inaccessibles sauf si c'est en dollar. Les résidents locaux connaissent donc des difficultés pour accéder à des logements en location.

Il y a d'un côté des étrangers sous le charme, et de l'autre, des milliers de Porteños en état d'alerte : à Buenos Aires, en Argentine, deux populations, aux fortunes immobilières contraires, cohabitent en pleine crise de logement, avec des loyers plus que jamais inaccessibles au peso local grimé par l'inflation, mais qui attirent le dollar des expatriés.

Pour beaucoup d'Argentins, le plus compliqué a été la sensation de redevenir comme « des enfants », sans autonomie, en étant contraint, avec leur famille et enfants, de devoir quitter leur appartement, dont le loyer ne cessait d'augmenter. Ils n'ont même pas pu déménager pour un autre logement. Et les perspectives ne sont guère réjouissantes à mesure que les salaires sont distancés par l'inflation (108% sur un an). Aujourd'hui, ceux qui appartiennent à la classe moyenne, comme ce couple de technicien informatique et d'anthropologue, n'y arrivent pas. Il y a plusieurs mois, ils pouvaient atteindre un plafond de 150 000 pesos (625 dollars au taux officiel) de loyer mensuel, auquel était consacré 50% du budget du ménage. « Aujourd'hui, même en y consacrant 70%, on n'arrive pas à trouver un logement », explique cette femme qui appartient pourtant à la classe moyenne.

Certains préfère garder le logement vide

Comme le peso est en chute continue (488 pour un dollar au taux informel, contre 206 il y a un an), et aucune certitude n'existe sur sa valeur après demain, plus aucun propriétaire ne veut percevoir de loyer en pesos. Et cela reste compliqué dans un pays qui est soumis au contrôle des changes (accès limité à 200 dollars par mois). « On n'a rien à louer en pesos, et quand on rentre un bien, il part en quelques heures, les gens sont désespérés, ils ne demandent même pas à le voir, veulent réserver sur de simples photos », explique Fernanda Ledesma, agente immobilière chevronnée.
La situation est devenue encore plus complexe depuis l'instauration de la loi locative qui est censée protéger les locataires. Elle avait été instaurée à une époque où l'inflation n'était « que » de 36%. Cette loi encadrait les loyers à une seule hausse par an. « Une bombe à retardement, car les baux arrivés à échéance mi-2023 feront un bond de 100% », s'inquiète Alejandro Bennazar, de la Chambre immobilière argentine. De plus, de nombreux propriétaires préfèrent garder un logement vide plutôt que de le mettre en location à un loyer gelé pour un an, et en attendant un changement de législation. Ce qui tarit l'offre. Ou alors ils mettent en location leur bien, de manière illégale, à un membre de leur famille, à une connaissance ou à un proche. Et à leurs conditions. « C'est la pire crise du logement depuis 30 ans » à Buenos Aires, analyse le président de l'Institut du logement (sorte d'office HLM) de la municipalité, Christian Werle, qui estime à 130 000 le nombre de logements vides dans la capitale. Officiellement « il y a quelque 70 000 logements locatifs dûment enregistrés dans la cité, mais on sait tous qu'environ 500 000 ménages sont locataires, c'est vous donner une idée de l'informalité. », ajoute-t-il.

Peu de solutions

A l'inverse du peso, le dollar, lui, se porte bien à Buenos Aires, grâce notamment à beaucoup de « nomades digitaux » qui sont arrivés en nombre ces dernières années et qui télétravaillent. « Si je faisais à Londres ce que je fais ici, pour le même loyer je vivrais dans une boîte à chaussure » sourit un expatrié, dans son appartement de 65 m², dans le quartier branché de Palermo. « C'est complètement dingue, quand tu vois les salaires que touchent les gens d'ici actuellement, d'attendre qu'ils paient en dollars (...) On en arrive à une situation où les locaux n'ont plus les moyens de vivre dans leur propre ville. C'est absurde », ajoute-t-elle.
A Buenos Aires, ce phénomène, où les logements en location privilégient les loyers en dollars, s'étend par ricochet, à des quartiers qui ne sont pas forcément destinés au tourisme. « Ce sont les propriétaires qui décident ce qu'ils font de leur bien : Vente -il y en a beaucoup-, location courte durée, voire AirBnB, ou location normale », résume Sebastian Resguardo, courtier immobilier. Pour résumer, ils acceptent les locations longue durée en dollar et invitent les candidats à s'abstenir quand ils veulent régler en pesos. La ville demeure impuissante face à ce phénomène et tente de développer des aides, des crédits avantageux pour les coûts de déménagement ou pour rénover des appartements destinés à la location. Mais « il n'y pas de solution magique, ce qu'il faut c'est stabiliser l'économie », conclut Christian Werle.

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