INTERVIEW
Construction : la filière entrevoit des difficultés
Récemment invité lors du Congrès de la FNAIM, Grégory Monod - Président du Pôle Habitat FFB (Fédération Française du Bâtiment) s'inquiète du ralentissement prochain du marché du neuf. Les raisons : la crise sanitaire et économique bien sûr, mais aussi l'arrivée brutale de la RE2020, impactante pour les acteurs de la construction et les ménages les plus modestes. Pour demain cependant, le Pôle Habitat FFB entend bien se saisir des enjeux de durabilité.
Un « pacte national pour la relance de la construction durable » vient d'être signé entre les professionnels du logement neuf, l'État et les collectivités. Est-ce une satisfaction pour vous ?
C'est une vraie satisfaction. Même si ça ne légifère en rien, c'est un engagement sur le principe d'une mobilisation collective pour la construction. Nous avons besoin de relancer le logement neuf en France, et tous les protagonistes, à tous les niveaux, doivent s'impliquer. Ce pacte va désormais devoir s'accompagner d'actes, d'autant que nous avons de fortes inquiétudes vis-à-vis de la crise que nous traversons. La Covid a eu des conséquences importantes sur notre secteur, particulièrement pour les autorisations d'urbanisme (-10 % sur 12 mois glissants, à fin septembre) pendant le premier confinement. Sur celui que nous vivons actuellement, les services publics sont heureusement à l'ouvre et nous pouvons continuer à faire avancer les dossiers. Malgré tout, il y a une baisse des mises en chantier (-5 %), mais surtout une baisse des mises en vente sur les logements collectifs (-25 % sur un an). Si les entreprises ont pour le moment un carnet de commandes bien rempli, l'inquiétude est de pouvoir réalimenter le marché pour le second semestre 2021 et pour l'année 2022. Dans tous les cas, ce pacte a le mérite de mettre tout le monde autour de la table et d'entamer le dialogue entre élus, État local et professionnels pour trouver des solutions.
Dans un article de Batiweb daté d'octobre 2020, vous avez déclaré : « On doit sortir de la production de logements, au profit de la construction de logements (...) On doit remettre l'usager au centre de nos préoccupations, malgré les contraintes financières ». Comment faire accepter ce changement de paradigme ?
L'aménagement du territoire et la construction de logements ne s'inscrivent plus dans une vision libérale, on assiste à un véritable changement de philosophie. Mais aujourd'hui, la collectivité doit s'interroger : comment - dans des zones où la demande est forte et l'immobilier plus cher - rendre les nouveaux logements accessibles, et leur construction acceptable par la population déjà en place ? Les élus doivent se saisir de cet enjeu social et sociétal, mais nous aussi, acteurs de la construction, devons absolument nous positionner et devenir conseils sur ces sujets. La profession ne doit plus penser la promotion immobilière au travers d'un prisme comptable, mais en multipliant les réflexions sur le cadre et les modes de vie des futurs occupants. L'usager doit être remis au centre de nos préoccupations, c'est la base de nos métiers. Comment faire changer notre image d'opérateurs - souvent mal perçus - et convaincre que construire du logement neuf est positif, si nous n'évoluons pas ? Nous devons prouver notre valeur positive. Pour cela, j'attends que les collectivités nous aident avec plus de zones d'initiatives publiques, avec des terrains vendus à prix maîtrisés, des densités équilibrées, etc. Dépassionnons le débat autour du foncier, recentrons-nous réellement sur les projets et développons la maîtrise d'usage.
La valeur verte était au centre du Congrès de la FNAIM, qu'est-ce que la construction durable signifie pour vous ?
Comme je le disais, les aspects sociaux et sociétaux d'un logement, et son intégration dans l'environnement font partie de la construction durable. Mais la durabilité concerne aussi le bien-vivre de ses habitants, ou la possibilité pour eux de pouvoir y accéder normalement. Le financement immobilier devient problématique : la production des prêts a baissé de 18 % (sur 12 mois glissant à fin octobre). Les recommandations du HCSF ont donc été prises en compte et l'accès au crédit est beaucoup plus difficile, alors que les taux restent extrêmement bas. Enfin, la durabilité c'est évidemment la prise en compte les modes constructifs avec des bâtiments peu émissifs en termes de CO2.
Justement, le gouvernement a récemment dévoilé ses arbitrages sur la RE 2020...
Nous sommes conscients de l'urgence climatique et que la règlementation doit continuer à évoluer, mais pour moi le timing est malheureux et la cadence inappropriée. La montée en puissance n'est pas suffisamment progressive, et ne tient pas compte du cycle de conception d'une opération : pour les permis de construire des opérations que nous concevons actuellement et qui seront déposés au second semestre 2021, avec quelles règles devrons-nous travailler aujourd'hui ? Selon la date de publication des décrets d'application, les bureaux d'études auront-ils suffisamment le temps de s'adapter ? Deuxième problème : pourquoi interdire le gaz en maison individuelle neuve - quand on sait qu'une maison neuve sur cinq en est équipée - de façon aussi brutale ? Enfin, on nous annonce aussi des surcoûts de construction immédiats de seulement 3 à 4 %... Pour nous, ces chiffres sont largement sous-évalués. Au bout du compte, ces mesures conduiront à une éviction des ménages les plus modestes, acheter dans le neuf deviendra un luxe. Demain, ça ne sera donc pas qu'une crispation du marché, mais aussi un ralentissement. C'est d'autant plus incohérent lorsque l'on considère le manque de visibilité sur nos capacités de production... C'est vouloir rajouter de la complexité immédiate en pleine période de crise économique.
Quels seront vos prochains combats politiques ?
Nous discuterons bien sûr de la RE2020 avec le gouvernement, sachant que le Conseil supérieur de la construction et de l'efficacité énergétique (CSCEE) émettra aussi un avis. J'espère que ses membres seront unanimes pour dire qu'il y a un problème de délais. Un autre sujet important : nous souhaitons pouvoir rétablir une quotité à 40 % autour du PTZ neuf dans toutes les zones en début d'année prochaine. Pour aider la relance, l'enjeu est de convaincre l'État qu'il faut renforcer les aides au logement neuf. Pourquoi ne pas proposer une prime pour de l'immobilier neuf - telle que MaPrimeRenov' - certainement plus lisible qu'un prêt à taux zéro ?
© 2026 acheter-louer.fr, Toute reproduction même partielle est strictement interdite
#immobilier neuf
#relance
#re2020
Laisser un commentaire
Votre adresse email ne sera pas publiée

