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INTERVIEW

FNAIM : « Acculturer les députés à notre expérience afin qu’ils ne soient pas hors-sol ou déconnectés »

Ça y est, le logement dispose d’un portefeuille gouvernemental dédié ! Pour autant, le travail de la FNAIM ne s’annonce pas simple : la fédération devra en effet œuvrer à l’Assemblée nationale avec diverses majorités politiques... Dans un contexte où pouvoir d’achat et inflation occupent le devant de l’actualité, et alors que le calendrier de la rénovation énergétique s’accélère. Éclairage avec Jean-Marc Torrollion, son président.

Christophe BÉCHU est désormais ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires et Olivier Klein, ministre délégué chargé de la Ville et du Logement. Le secteur retrouve donc un portefeuille dédié. Est-ce une satisfaction ?

Évidemment oui, nous sommes aussi satisfaits que l’un comme l’autre ait une expérience d’élus de terrain en tant que maires de leur ville. Venus d’horizons politiques différents, ils sont aussi connus pour être pragmatiques et ancrés dans des réalités territoriales complémentaires. Nous sommes donc persuadés que nous gagnerons du temps dans les explications et dans la méthode de travail, car ils seront déjà en compétences techniques pour appréhender un certain nombre de sujets.

Précisément, de quelle manière percevez-vous votre collaboration ?

Nous avons des ministres qui ne disposent pas d’une majorité à l’Assemblée nationale, c’est totalement différent de ce que nous avons vécu auparavant. Désormais, les arbitrages ministériels seront susceptibles d’être contestés ou amendés par le Parlement. Cela nous conduit donc à avoir un double axe d’action : nous devons bien sûr maintenir un dialogue avec les services du ministère et le ministre lui-même; mais aussi comprendre qui seront les acteurs parlementaires qui seront susceptibles d’appuyer les arbitrages ministériels. Pour exemple, dernièrement, un arbitrage figurant dans la loi sur le pouvoir d’achat s’est prononcé pour plafonner à 3,5 % la revalorisation des loyers pendant un an. À l’Assemblée, il peut être contesté par certaines majorités. Il va falloir nous apprendre à travailler autrement. Nous essayons donc, et c’est déterminant, de construire le réseau des parlementaires en charge du logement dans tous les courants politiques. Nous militons d’ailleurs pour la création d’un groupe thématique logement au sein de l’Assemblée.

Le secteur du logement ne risque-t-il pas d’être la victime collatérale de certains jeux politiques ?

Des blocages peuvent effectivement exister du côté ministériel comme parlementaire, et il peut n’y avoir aucune évolution pour le logement pendant tout le quinquennat... Auquel cas, la rénovation énergétique attendue n’aura pas lieu dans les délais escomptés. Pour que le secteur privé locatif continue à exister, notre rôle est donc de continuer à apporter un éclairage opérationnel sur tous les segments, à partir de nos expériences de terrain. Nous devons aussi acculturer les députés à notre expérience de producteurs de services au logement en matière de syndic et d’administration de biens afin qu’ils ne soient pas hors-sol ou déconnectés. Ces dernières compétences nous donnant toujours un avantage technique dans nos échanges avec les élus.

Quels seront les chantiers prioritaires pour le ministère ?

À court terme, il s’agira d’abord de revoir le calendrier de la loi Climat et résilience, et de l’ajuster — notamment dans le cadre de la copropriété — à un certain nombre d’éléments techniques qui vont entrer en application et devant être mis en cohérence. Je pense par exemple à la mesure prévoyant l’interdiction de louer entre 2025 et 2034 pour les logements classés G, F et E, alors qu’en parallèle une autre mesure demande l’élaboration de plans pluriannuels de travaux entre 2023 et 2025 pour les copropriétés de moins de 50 à plus de 200 lots… Et que s’y ajoute un autre calendrier prévoyant la réalisation obligatoire de diagnostics de performance énergétique collectifs entre 2024 et 2026 pour ces mêmes copropriétés. Comment les copropriétaires occupants ou bailleurs peuvent-ils faire face ? Il y a urgence à simplifier ces calendriers, car ce sont des centaines de milliers de logements qui risquent de disparaître du secteur locatif privé et d’entrainer une tension accrue sur le marché. Pour agir, nous allons proposer que l’indécence énergétique des logements en location soit suspendue à exécution de ces plans.

L’autre priorité n’est-elle pas le pouvoir d’achat ?

C’est effectivement un autre sujet à court terme. Il nous faut regarder de quelle manière le marché de la transaction va évoluer. Va-t-il naturellement s’ajuster à certaines réalités — attentisme des acquéreurs, secteur bancaire encore plus rigoureux, hausse des taux — et par conséquent avoir un impact sur les prix ? Dans ce contexte, je ne suis pas partisan d’un soutien exagéré à la demande en matière de transaction, car cela nourrirait nécessairement une inflation sur les prix. Pour soutenir le pouvoir d’achat, je crois plutôt que le prêt à taux zéro devrait être revu dans la mesure où il redeviendra pertinent avec la hausse des taux. Je pense aussi qu’il faudrait permettre certaines mesures techniques telles que la transmission d’un prêt entre vendeurs et acquéreurs.
Quant au coût de l’énergie, nous nous attendons bien sûr à une hausse pour nos immeubles alors le bouclier tarifaire mis en place par l’État n’existera pas indéfiniment. C’est un amortisseur, mais sur le long terme il faudra d’abord réduire les températures, mais surtout accélérer la transition énergétique.

Le 1er juillet, les dispositifs d’aide à la rénovation énergétique ont rencontré des changements majeurs (éco prêt à taux zéro cumulable avec MaPrimeRénov, possibilité pour les propriétaires bailleurs d’accéder à MaPrimeRénov). Pour la FNAIM, cela va-t-il dans le bon sens?

Bien sûr, même si pour nous la vraie solution reste fiscale, car pérenne, avec le doublement du déficit foncier imputable sur le revenu. Cela permettrait de s’inscrire dans un mouvement général de rénovation.

Exclusif

ENQUÊTE SUR LES HONORAIRES DU MARCHÉ DE LA TRANSACTION : LA FNAIM SOUHAITE ÊTRE AUDITÉE

La rentrée de la FNAIM s’annonce active ! À la demande de Bercy, l’Autorité de la concurrence lance en effet une enquête concernant le fonctionnement du marché de la transaction en France. Celle-ci fait suite à un rapport du parlement européen mettant en évidence que la moyenne des honoraires de transactions européens est d’environ 3,5 % alors qu’en France, ceux-ci s’élèvent à 6,5%. « Ces honoraires s’expliquent et se défendent, indique Jean-Marc Torrollion. Nous souhaitons donc apporter un éclairage. » Dans ce cadre, la fédération entend être auditée par l’Autorité de la concurrence.

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