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INTERVIEW

FNAIM : l’immobilier entre résilience et transformations

Malgré une raréfaction de l’offre et des prix toujours à la hausse, le marché immobilier résiste. Dans ce contexte de crise pour autant, des mutations se font jour et le secteur se transforme, notamment au niveau entrepreneurial. Le point de vue de Jean-Marc Torrollion, le président de la FNAIM.

Finalement, comment le secteur évolue-t-il dans ce contexte de crise, peut-on parler d’adaptation, de résilience ?

La dynamique de vente demeure très bonne même si l’offre est à la peine. C’est particulièrement criant dans les grandes villes bien sûr, mais aussi en milieu semi-rural ou semi-urbain. Nous nous interrogeons sur les causes de cette pénurie : est-ce une crainte pour l’avenir et en droite ligne, une mise en suspens des parcours résidentiels pour les secundo-accédants ? L’accès au crédit étant restreint, les primo-accédants peuvent-ils aller au bout de leurs projets ? Ce constat d’une raréfaction - dans le neuf, la transaction ou sur le marché de la location – inquiète la FNAIM a tous points de vue, car nous connaissons la chaîne de mobilité résidentielle des Français : ceux qui achètent du neuf mettent leur logement en vente dans l’ancien, ceux qui libèrent les locations les laissent vacantes pour d’autres, etc. Ma crainte, d’autant que nous rentrons dans une période politique importante, c’est qu’un grippage de cette chaîne s’exprime sur tous les marchés. Pour autant, le secteur immobilier n’est pas en déshérence, si crise d’offre il y a, ce n’est pas le cas de la demande.

Dans les grandes villes (hors Paris) et dans les villes moyennes, la hausse des prix se poursuit. Comment l’expliquer ?

On assiste plutôt à un phénomène de rattrapage dans les villes moyennes qui jusqu’ici, étaient restées raisonnables. Il trouvera ses limites dans le pouvoir d’achat de la clientèle s’exprimant sur ces marchés. Concernant les grandes villes de province qui ont beaucoup augmenté, je suis persuadé qu’elles ne pourront pas durablement rester sous cet angle.

Et concernant les entreprises, comment traversent-elles la crise ?

Dans leur cas, on peut effectivement parler de résilience : elles ont plutôt bien traversé la crise. On ne doit cependant pas oublier le soutien important du gouvernement aux TPE et PME. Ces aides vont être progressivement retirées, l’instant de vérité va donc se jouer dans les mois qui viennent. Dans le contexte actuel de raréfaction de l’offre, et alors que les forces de ventes ont été considérablement accrues, on peut s’attendre à une activité extrêmement concurrentielle sur le marché de la transaction. Sur celui de l’administration de bien et du syndic, nous sommes sereins, mais avec deux bémols : il y a moins d’activité en location. En parallèle, nous devons aussi enclencher des travaux dans un contexte difficile : les prix augmentent et nous n’avons toujours pas la possibilité de nous réunir physiquement.

Justement, qu’en est-il de la tenue des assemblées générales de copropriété ?

Nous avons interrogé le Gouvernement sur ce point : les restaurants, les bars et les salles de concert seront bientôt rouverts avec des jauges limitées… qu’en est-il des assemblées générales physiques ? Nous sommes face à une situation complexe : pour qu’elles aient lieu, nous devons réfléchir à des protocoles sanitaires sécurisants pour les copropriétaires, comme pour nos salariés. Pour répondre à cela, l’État nous autorise donc à déroger aux AG physiques jusqu’au 31 octobre.

Dernièrement, la FNAIM a commandé un rapport à Laurent Grandguillaume (vice-président de la Fondation Travailler Autrement et ancien député) sur les mutations du travail et de l’emploi. Ses conclusions mettent en lumière que la proportion de travailleurs indépendants serait de 70 % parmi les forces de vente des agences immobilières. À quoi cette tendance est-elle due ?

Grâce aux nouvelles technologies, l’autoentrepreneuriat a trouvé sa place dans un certain nombre de modèles, notamment ceux des réseaux de mandataires ou de franchises. Il l’a d’autant plus trouvé que le marché a également considérablement progressé en l’espace de quelques années, que nous avons accru nos parts de marché et que de ce fait nous avons augmenté nos forces de ventes. Au même moment s’exprimait une appétence pour le travail indépendant, à tous âges, y compris chez les jeunes. En parallèle, c’est une ressource flexible pour les entreprises, là où le modèle salarial est constitutif d’une charge fixe. Enfin, les règles de rémunération ont été bouleversées par les réseaux de mandataires : les agences traditionnelles qui rétrocédaient 50 % des honoraires à leurs agents commerciaux, se retrouvent aujourd’hui concurrencées par des modèles qui proposent de 60 à 100 % de rétrocession des honoraires aux autoentrepreneurs. Cette redistribution a d’ailleurs certainement renforcé l’attractivité du secteur, mais elle est en même temps très disruptive pour des agences de petite ou de moyenne taille parce que leurs schémas économiques s’en trouvent bouleversés.

Pensez-vous qu’il y a donc nécessité pour le secteur, y compris pour la FNAIM, à revoir sa perception du monde du travail ?

Clairement oui, car le phénomène de l’autoentrepreneuriat nous interpelle : fortement présente dans la transaction, cette notion de prestation de services pourrait demain se développer dans l’administration de bien ou dans les syndics de copropriété… Nous pensons donc qu’elle doit être structurée, que nous devons mieux la former et certainement mieux l’incarner. Cela nous incite à renouveler le dialogue social et à sécuriser les relations de nos adhérents avec les agents commerciaux, tout en leur offrant des parcours d’évolution professionnelle. Le débat est ouvert.

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