INTERVIEW
FNAIM : « la chaîne du logement ne doit pas être bloquée »

Gelé par le confinement, où va l'immobilier ? Pendant la crise sanitaire, la FNAIM dresse un bilan en demi-teinte des marchés. Pour faire face, elle poursuit sa mission d'accompagnement auprès de ses adhérents et son action auprès du gouvernement, et se projette également dans l'après. Pour Jean-Marc Torrollion, son président, il faut coûte que coûte assurer la continuité de la chaîne immobilière.
Rédaction : Marie Hérault
Quel sera selon vous l'impact du Covid19 pour le secteur immobilier ?
Certaines activités seront moyennement impactées, comme celle de syndic de copropriété qui est en continuité de service. Les charges ont été appelées, les fournisseurs payés, nous arrêtons nos comptes, travaillons en télétravail, dématérialisons un certain nombre d'actions. Très important, nos entreprises répondent présentes pour continuer leurs missions d'urgence : panne d'ascenseur, chauffage, etc. Seule la mise en œuvre de gros travaux est pénalisée. Les assemblées générales sont bien sûr reportées au second semestre 2020. Ce sera difficile à gérer pour nos équipes, car l'activité d'une année sera concentrée sur seulement six mois... mais il s'agit plus de difficultés opérationnelles qu'économiques. L'activité d'administration de biens est elle aussi dans une continuité de services pour encaisser les loyers, payer les propriétaires, gérer les incidents techniques dans les logements. Aussi surprenant que cela paraisse, nous gérons beaucoup de départs et d'arrivées de locataires qui avaient prévu de changer de logement avant le confinement. Ces situations sont complexes et demandent bienveillance et énergie. C'est la preuve que la mobilité est un sujet qui ne doit pas être occultée. L'interdiction des déménagements doit être rediscutée avec le ministère. Les locataires ne déposant pas de préavis et les étudiants ne sachant pas à quel moment ils pourront passer leurs examens, l'activité commerciale de relocation est quant à elle figée. Pour autant, elle s'exprimera fortement dès la fin du confinement, même si nous ne récupérerons pas en totalité le chiffre d'affaires non réalisé sur le dernier semestre.
Et concernant les autres activités ?
La location saisonnière sera très fortement impactée. Je pense particulièrement à nos 800 adhérents gérant près de 33 000 de ces logements. Depuis le 15 mars, nous avons annulé ainsi 15 000 locations en montagne et beaucoup le sont déjà pour cet été. Avec l'annulation de nombreux salons, toute l'économie liée au tourisme d'affaires est aussi touchée. Nous réfléchissons donc avec le gouvernement à la mise en place d'aides et d'un accompagnement. La transaction quant à elle s'est totalement arrêtée, après un excellent premier trimestre. Là où nous réalisions 30 000 promesses ou compromis par mois, nous n'en faisons plus que 2000. Indépendamment de cet arrêt, la reprise sera difficile en raison d'une inertie de la part psychologique de nos clients, et en raison de l'encaissement décalé du fruit de notre travail. Je me suis d'ailleurs battu pour que nos entreprises puissent encaisser leurs honoraires et que leur trésorerie ne soit ainsi pas irrévocablement affaiblie. Il faudrait qu'elles puissent, elles aussi, accéder au chômage partiel.
Parmi les ordonnances récemment publiées, certaines concernent particulièrement le logement...
L'ordonnance de l'article 22 sur la copropriété permet la prolongation de nos mandats de syndics, jusqu'à ce que nous puissions mener nos assemblées générales, et le report de ces assemblées jusqu'au 24 novembre. Elle ne concerne pour le moment que les mandats échus au 24 juin, alors que beaucoup le sont au 30. Ces imperfections devraient être gommées durant le mois d'avril. D'un point de vue sectoriel, l'ordonnance sur les délais de prescriptions et d'interruption est très négative. Le gouvernement et le ministère du Logement en ont pris conscience et nous avons travaillé et travaillons encore sur plusieurs axes, tels que la dématérialisation des actes notariés (qui est déjà passé) ou la levée des conditions suspensives y compris en période d'urgence sanitaire. Sur ce point, les services publics - notamment les pôles urbanisme des municipalités - doivent se remettre au travail pour permettre la mise en place des déclarations d'intention d'aliéner (DIA). Je souhaite faire pression sur les maires pour qu'ils agissent activement afin de lever ces conditions suspensives, même en période de confinement. Aujourd'hui, la chaîne du logement ne doit pas être bloquée, or seuls 13,5 % des services d'urbanisme des collectivités territoriales fonctionnent.
Justement, vous avez récemment demandé à tous les acteurs du secteur de rester mobilisés pour assurer la continuité de la chaîne immobilière. Qu'attendez-vous d'eux ?
Tous – urbanisme, publicité foncière, assainissement, notaires - doivent prendre conscience du fait que leur mission de service public ne doit pas s'interrompre. Le décret du 3 avril a clos le débat vis-à-vis du Conseil supérieur du notariat, mais sur le terrain 43 % des études fonctionnent encore de manière dégradée et 18 % sont toujours fermées. Le notariat doit se moderniser, je pense que les choses s'amélioreront progressivement.
Dans ce contexte, comment avancent la diffusion du caducée Vesta et sa promotion ?
La FNAIM a recruté 231 adhérents au premier trimestre, c'est un record, et à l'heure actuelle, 10 caducées sont quotidiennement commandés. J'y vois la détermination d'afficher la réalité de nos métiers comme acteurs économiques et d'être au rendez-vous des enjeux de la reprise.
Confinement oblige, l'examen du projet de la loi Nogal a été reporté. Les lignes pourraient-elles encore bouger ?
Son contenu ne sera sans doute pas modifié, mais nous pouvons cependant reprendre notre travail de conviction. Certaines propositions – sur le cautionnement ou sur le mandat avec obligation de résultat - peuvent en effet être améliorées. Rien n'est figé.
L'après confinement se pense dés aujourd'hui. Préparez-vous déjà le prochain congrès de la FNAIM ?
Je confirme qu'il n'est pas annulé et qu'il se déroulera bien les 24 et 25 novembre prochains. 40 partenaires ont déjà réservé leurs stands. J'adresse un message d'espoir et de confraternité aux professionnels. Nous aurons plaisirs à tous nous retrouver. Et je remercie nos partenaires de leur fidélité et de leur confiance.
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