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INTERVIEW

Il est important que la dynamique du marché demeure

jean-Marc Torrollion - FNAIM

Mitigé et tendu… Le marché immobilier, s’il n’est pas déséquilibré, n’affiche plus les belles performances de ces dernières années. En cause : la hausse des prix et la remontée des taux, des conditions d’octroi de plus en plus difficiles et un contexte économique en demi-teinte. Entretien avec Jean-Marc Torrollion, le président de la FNAIM.

À date, où en est le marché ?

La hausse des prix continue et se confirme sur la majorité des villes en France avec une augmentation moyenne de 7,9 % ; à l’exception de Paris qui continue de baisser, et qui sur un an affiche une baisse 1,4 %. On assiste à quelques premières baisses trimestrielles également, mais assez légères, dans certaines grandes métropoles comme à Lille… Mais on ne peut pour le moment pas en tirer de grandes significations. Ceci étant, les premières remontées de terrain expriment une certaine forme de ralentissement avec un peu moins d’acquéreurs et des délais de vente semblant se rallonger. Je crois qu’à ce stade, il s’agit plus d’une forme de rééquilibrage que d’une réelle inversion du marché, celui-ci restant favorablement orienté à l’offre.

La remontée des taux est-elle à craindre ?

Oui, parce qu’elle est nette — avec des taux allant jusqu’à 1,95 % sur 20 ans — et qu’elle participe à une certaine désolvabilisation des acquéreurs. Mais à court terme, je suis plus préoccupé par la hausse des apports personnels qui sont demandés par le secteur bancaire. À côté de cela, l’ambiance économique générale est aussi à craindre : nous vivons une période économique très favorable pour l’emploi — avec la baisse du chômage — ce qui participe à une belle dynamique pour la transaction, mais avec en parallèle une inflation à double tranchant qui, si elle renforce l’effet refuge de l’immobilier, renchérit d’un autre côté la vie courante, l’énergie, le coût des travaux, etc. Cela peut donc être très pénalisant pour les ménages.

Justement, selon une étude récente, la part des transactions immobilières des moins de 30 ans est en net recul de -12 % au premier trimestre 2022. Que vous inspire ce chiffre ?

Cela rejoint mes propos à savoir que cette classe d’âge est plus pénalisée par les apports personnels qui sont exigés que par le taux d’intérêt. Et même si l’on est primo-accédants de plus en plus tard aujourd’hui, cela risque de contraindre le parcours résidentiel de nombreux Français et de bloquer l’ensemble de la chaîne immobilière : les locataires ne seront pas en mesure de quitter leur logement s’ils ne peuvent accéder à la propriété, les nouveaux arrivants sur le marché de la location auront alors des difficultés à trouver un logement, etc. L’effet peut être dramatique. Il est donc important que la dynamique demeure, que la fluidité vers l’accession se maintienne. Tout dépendra de la confiance des banquiers.

L’inflation fait aussi grimper la facture des logements neufs. Faut-il s’inquiéter ?

Oui, car le neuf étalonne le marché. Ceci ne doit pas engendrer un effet inflationniste généralisé à toute la chaîne immobilière. Dans un contexte de pénurie de logements, un trop grand décalage entre le neuf et l’ancien pourrait avoir de graves conséquences. Les professionnels du bâtiment sont par ailleurs inquiets quant au maintien des prix dans le temps concernant leur devis. De notre côté, les copropriétés sont directement impactées par ce phénomène, car nous avons besoin de prix fermes et définitifs pour prendre des décisions en assemblée générale. Il nous faut trouver un modus vivendi acceptable pour les professionnels du bâtiment, mais aussi pour nos clients.

L’immobilier de luxe, et même l’hyperluxe, traversent en revanche une période florissante. N’y a-t-il pas un paradoxe ?

Non, car ce sont des marchés de niche qui ne concernent que très peu de transactions. Il faut aussi de dire qu’au regard du phénomène inflationniste que nous traversons et des inquiétudes que nous avons tous ressenti face à la crise sanitaire, nous avons tous le même raisonnement, quel que soit notre niveau de patrimoine : la pierre est, et restera, une valeur refuge. Pour exemple, avant le Covid les châteaux se vendaient mal… Depuis deux ans, on assiste à l’effet inverse. Les résidences secondaires ou d’agrément ont pris plus de valeur depuis que les déplacements à l’étranger sont devenus incertains. Chacun cherche à protéger son capital.

Concernant le marché locatif, l’encadrement des loyers est maintenu malgré le recours de la Chambre nationale des propriétaires et de l’Union nationale des propriétaires immobiliers. Qu’en pensez-vous ?

Nous ne sommes pas surpris, mais nous le déplorons. La FNAIM est contre l’encadrement des loyers d’un point de vue philosophique, mais aussi en termes d’efficacité. Nous attendons cependant la fin des expérimentations afin que chacun puisse se faire une opinion objective des conséquences de ces encadrements pour le locataire comme pour les propriétaires. Au-delà de cette décision, la tentation du Gouvernement de bloquer l’indice IRL pour que les loyers n’augmentent pas, comme vient de l’annoncer Bruno Lemaire, nous inquiète. C’est une mesure démagogique qui concernera les retraités et les bailleurs, mais qui, à un moment où l’inflation est importante, se répercutera nécessairement sur les charges de copropriétés ou dans le coût des travaux. Il n’y a pas nécessité à bloquer l’indice IRL et je ne crois pas que cela mette en danger le reste à vivre de nos locataires.

Côté politique, les élections législatives sont pour bientôt. La FNAIM se rapproche-t-elle des candidats pour faire entendre ses revendications ?

Cette mission est celle des présidents de chambre de la FNAIM. Quant à la fédération, nous avons clairement exposé nos préoccupations au moment des élections présidentielles. Le nouveau gouvernement sera bientôt connu et devra s’appuyer sur nos objectifs et nos propositions : nous cherchons un rapport équilibré et pragmatique entre parties prenantes du secteur. Il faudra que ce futur gouvernement comprenne que nous aurons toujours besoin des bailleurs privés en France. Ils sont vitaux au regard de la situation du neuf, je milite donc pour un renforcement du secteur privé locatif.

L'actu de la FNAIM

MATERA : LA FNAIM ACCUSE LA SOCIÉTÉ DE DÉNIGREMENT ET RÉAGIT

Suite au classement réalisé par MATERA mêlant syndics professionnels et non professionnels, la FNAIM a demandé à la société — conformément au Code de la consommation — de justifier sa méthode de classement. Elle n’exclut pas de porter l’affaire en justice. « J’encourage tous les syndics faisant m’objet de ce classement à faire de même, indique Jean-Marc Torrollion. Pour moi, cette agressivité est la démonstration d’une certaine fébrilité de la part de MATERA qui n’a pas répondu à ses objectifs. Chacun doit rester sur la justification de sa valeur ajoutée, plutôt que sur le dénigrement, et faire preuve d’humilité. » Sur ce point, la fédération publiera bientôt une étude de satisfaction visant à démontrer la satisfaction des clients vis-à-vis de ses syndics.

CNTGI : NOUVELLE NOMINATION

Le nouveau Conseil national de la transaction et de la gestion immobilières a été récemment nommé par arrêté d’Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au Logement. À sa tête : Hugues Périnet-Marquet dont la présidence est renouvelée. Y sont nommés sept représentants des syndicats de l’immobilier et cinq représentants des associations de consommateurs. La FNAIM bénéficie de trois sièges de titulaires. Sur les trois dernières années, le CNTGI s’est réuni 51 fois et a rendu plus 39 avis positifs sur les différents textes présentés.

Photo | jean-Marc Torrollion - FNAIM

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