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INTERVIEW

Laforêt : « Le constat est à la stabilité »

Après deux mois de confinement et un marché immobilier quasi à l'arrêt, la reprise se fait sentir avec une activité à la hausse. Cette reprise est-elle durable ? Qu'en est-il des prix ? Les critères de recherches ont-ils changé ? Réponses avec Yann Jéhanno, le président du réseau Laforêt.

Après ces deux mois de confinement, les Français reviennent-ils vers l'immobilier ?

Yann Jéhanno : Depuis le 11 mai, nous avons un peu plus de recul sur l'activité. Mandats, compromis... On constate que nous rattrapons le niveau de transactions immobilières que nous connaissions avant le confinement, avec bien sûr beaucoup plus d'acquéreurs. Ce début est beaucoup plus fort que ce que nous imaginions. S'agit-il d'un rattrapage ou est-ce la pompe qui se réamorce, il est encore trop tôt pour le dire. En revanche, les signatures chez les notaires tardent encore, avec également des retards dans les administrations et des projets reportés. Il y a aussi une interrogation sur les financements : certaines banques se retranchent en effet derrière les recommandations émises par le Haut Conseil de stabilité financière en début d'année.

Cette reprise de l'activité est-elle la même partout ?

Y.J. : Pendant les deux premières semaines du déconfinement, les projets immobiliers n'étaient pas la priorité, mais aujourd'hui on revient au même niveau d'intérêt. Paris a fait figure d'exception en raison du retour progressif des 200 000 Parisiens partis se confiner dans leurs familles, dans d'autres régions ou dans leurs résidences secondaires, mais aussi parce que la capitale était encore en zone rouge ou que le télétravail est encore largement pratiqué.

Vous évoquiez le crédit. Quelles sont vos inquiétudes ?

Y.J. : Les banques ont commencé à durcir leurs conditions d'octroi pour faire face à leurs risques, restaurer leurs marges, et respecter les recommandations du HCSF. On voit par exemple des dossiers, acceptés en début d'année, qui sont désormais refusés. Mais je peux comprendre que les banques doivent mesurer les risques sanitaires et sociaux de la crise.

La question du financement devient donc clé. Vous appuyez vous sur un partenaire précis chez Laforêt ?

Y.J. : Nous avons donc signé un partenariat avec Meilleurs Taux, qui a une couverture nationale. Nous proposons également à nos agents une formation de « Découverte financière » afin qu'ils sachent rapidement identifier les acquéreurs finançables et en capacité de mener leur projet.

De quelle manière allez-vous réussir à compenser une éventuelle perte en volumes ?

Y.J. : Les deux mois d'activité perdus ne pourront pas être rattrapés. Vraisemblablement, entre 150 000 et 250 000 transactions immobilières - sur environ 1 million - ne se feront pas cette année. Si nous ne sommes pas à la surchauffe des trois dernières années, c'est un rythme normal. Quant aux pratiques, nous avons évoqué le financement, se pose aussi la question de la crainte épidémique avec des clients qui ne veulent pas revenir en agences ou des locataires qui ne souhaitent pas recevoir chez eux. Et si nous avons développé un protocole sanitaire, certifié par le leader mondial de la certification, c'est évident que nous ne devons travailler différemment. Le numérique, s'il ne remplace pas tout, nous rend sur ce point de nombreux services.

Les prix seront-ils impactés ? Quelle différence entre les marchés ?

Y.J. : Le constat est d'abord à la stabilité. Nos clients reprennent leur projet immobilier là où il s'était arrêté. J'ai la conviction que peu de choses changeront dans les grandes métropoles et à Paris. En parallèle, les villes moyennes et les banlieues suscitent de plus en plus d'intérêt pour disposer d'espaces d'un jardin ou un bureau. Reste à savoir si cela durera... Pour le moment, on constate que les populations CSP+ franchissent le périphérique pour trouver une maison. Enfin, les villes semi-urbaines ou rurales peuvent se trouver plus impactées par la fermeture de leurs entreprises. Tout dépendra donc du plan de relance massif que le gouvernement a mis en œuvre en soutien aux entreprises, qui pourrait s'accompagner de mesures de soutien à l'immobilier.

Ces mesures devraient-elles être créées rapidement ?

Y.J. : C'est certain. On connaît les axes qui fonctionnent : la déductibilité des intérêts d'emprunt a bien fonctionné, le prêt à taux zéro permet aux plus faibles d'accéder à l'emprunt. On pourrait aller encore plus loin en imaginant une franchise sur les droits de mutation. Si les professionnels ne souhaitent pas voir le secteur sous perfusion, l'immobilier est un des réacteurs de la reprise et a besoin de soutien.

L'investissement locatif représentait presque un quart des transactions en 2019. Ce marché pourrait-il souffrir ou devenir un recours ?

Y.J. : La pierre a toujours démontré ses bénéfices en temps de crises. Pour autant, le contexte étant incertain, certains Français mettront peut-être de côté leur projet d'investissement locatif. A contrario, d'autres ménages ont pris du recul et mettent en place un projet. Cet investissement a une carte à jouer pour permettre aux Français de se loger. Là encore, on pourrait se pencher sur le statut du bailleur privé ou sur une incitation à avoir des loyers préservés.
Rédaction: Marie Hérault

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