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POINT DE VUE

Crise du logement : arme de destruction massive

Henry Buzy-Cazaux

Les chiffres de la mi-2024 ne sont pas encore disponibles, mais ceux de 2023 donnent déjà le vertige : plus de 14 000 entreprises du bâtiment ont fait faillite en 2023, représentant un quart des défaillances enregistrées en cette année. La fédération du bâtiment anticipe entre 20 000 et 30 000 suppressions d'emplois dans les 24 mois.

En aval, les mauvaises nouvelles se multiplient, avec l'annonce de plan sociaux par des promoteurs leaders et la disparition de dizaines de constructeurs de maisons individuelles, dont le carnet de commande s'est vidé avec l'exclusion de ce type de logement du prêt à taux zéro. Chez les commercialisateurs, plateformes de distribution de neuf en défiscalisation ou en accession à la propriété, agents immobiliers, réseaux de mandataires, les dégâts sont en grande partie invisibles : entre juillet 2023 et mars 2024, 15 000 agents commerciaux ont disparu des radars. Les fermetures d'agences, dont le président de la FNAIM lui-même dit que 2024 va en révéler l'essentiel, sont déjà considérables, avec près de 1 000 d'entre elles qui ont déposé l'an dernier. On ne parle que peu de ces terribles réalités, et au fond c'est normal : la crise du logement, ce sont d'abord des ménages qui ne trouvent pas de solution pour se loger, ou pas de solution adaptée à leur situation. Il reste que ce qui arrive au tissu économique du logement ne doit pas être passé sous silence pour deux grandes raisons.

D'abord, l'objectif affiché par le Président de la République du plein emploi dans notre pays ne se réalisera pas sans une santé honorable de la filière du bâtiment et de l'immobilier. À elle seule, elle emploie de façon directe près de 2,5 millions de personnes, et bien plus si l'on associe les secteurs contigus, l'ameublement, la décoration, le bricolage, le déménagement, les diagnostics techniques et tant d'autres. Emmanuel Macron, en n'agissant pas pour mieux soutenir la demande, compromet la réalisation de l'objectif qu'il a lui-même fixé.

Et puis le préjudice de la crise sur les entreprises de toute la filière a une autre conséquence terrible : sous nos yeux, dans l'indifférence du sommet de l'exécutif, l'appareil de production et de service est en cours de destruction.

Qu'est-ce que cela veut dire ? Que les compétences qui disparaissent, les femmes et les hommes qui perdent leur emploi, salarié ou non salarié, et ne peuvent le retrouver dans une autre entreprise du secteur, sont perdus pour le secteur du bâtiment ou de l'immobilier, de l'amont à l'aval. Pour former celles et ceux qui devront leur succéder le moment venu, lorsque l'activité repartira pour répondre aux besoins, il faut des années.

En clair, à ne pas prendre les mesures qui soutiendraient le logement, on hypothèque l'avenir de notre pays pour cinq ou six ans. On peut arguer que les compétences nécessaires aujourd'hui et demain ne sont pas les mêmes que celles d'hier et qu'au fond la purge provoquera un grand remplacement souhaitable. C'est inaudible : le vivier des professionnels ne peut être reconstitué massivement et ceux qui étaient en place ou le sont encore avaient vocation à ménager leur conversion, qu'on parle d'ouvriers des corps d'État face aux défis techniques de la transition énergétique, des promoteurs, des constructeurs contraints d'intégrer la sobriété foncière, ou des commercialisateurs, face à la disparition de la défiscalisation notamment.

En abîmant au sens propre du terme ce qu'il est convenu d'appeler l'appareil de production industriel et de services, le Président Macron et son ministre des finances ont fragilisé durablement le pays. Ils laisseront dans trois ans, à la fin du quinquennat, une France malade de sa filière logement, asthénique et incapable de satisfaire aux attentes.

À moins que la future majorité n'impose un autre regard sur elle, reconnaissant son importance pour le pays, sa prospérité et sa paix sociale.

Photo | Henry Buzy-Cazaux

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#Faillite

#Fragilisation de la filière

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