POINT DE VUE
Le désarroi politique du monde de l'immobilier

La France a bien senti qu’en élisant emmanuel Macron à la Présidence de la république elle accomplissait un acte plus engageant qu’à l’accoutumée. ce scrutin a toujours été majeur pour le pays, eu égard à la constitution - qui fait du Premier magistrat de la France un personnage déterminant pour la conduite des affaires - et parce que c’est véritablement le choix d’un homme ou d’une femme, au-delà de son engagement partisan et de ses idées. notre chef de l’état est à cet égard un phénomène au sens philosophique : il est apparu venu de nulle part, plus jeune que tous ses prédécesseurs, habité d’une volonté de moderniser, de libérer, de relancer les énergies, sans aucun tabou.
Les corps intermédiaires, selon l'expression consacrée, ont pensé voir arriver le messie. Pensez ! Enfin quelqu'un d'abordable, d'accessible, de simple, sans arrière-pensée. On allait avoir des relations confiantes, et les barrières institutionnelles allaient être pulvérisées au profit de l'efficacité. Les messages allaient passer mieux que jamais. Eh bien, pas du tout. Les familles professionnelles, en particulier dans l'immobilier, découvrent un pouvoir exécutif, Président, Premier ministre, ministres, non pas sourd à ce qu'elles disent, mais infiniment libre par rapport à elles, sûr de son fait et décomplexé par rapport aux lobbies comme aucun autre avant. On a cru à l'avénement de la démocratie participative: sans conteste, le pays n'a jamais été tenu par si peu de responsables, presqu'une oligarchie, une centaine à tout casser, exposés ou dans l'ombre, mais qui tous ont l'estime directe d'Emmanuel Macron. On a aussi cru le Président indépendant de tous les codes : il n'en est rien non plus et les inspecteurs des finances, dont il est issu, les grands banquiers d'affaire, dont il fut, sont aujourd'hui en odeur de sainteté.
Et l'immobilier ? Emmanuel Macron avait bel et bien un programme pour ce secteur. Il faut d'abord dire qu'il était comme l'exercice l'exige assez générique et marqué par des slogans pour frapper les esprits. Le choc d'offre ou le bail mobilité en faisaient partie. À l'arrivée, un projet de loi complet et complexe, avec de belles dispositions puissantes, essentiellement pour l'urbanisme, la construction et les HLM, et des mesures dont les intentions sont insaisissables: pourquoi un bail type numérique et une centralisation des données locatives ? Pourquoi exhumer l'hypothèse d'une captation des dépôts de garantie des locataires alors que le fonctionnement actuel est satisfaisant à défaut d'être parfait ? Comment va-t-on refondre la copropriété ? Pas de débat parlementaire et pour tout exposé des motifs une phrase mentionnant l'obsolescence de la loi de 1965. Le CNTGI ? Pourquoi le tuer ? C'était un gage de rigueur et de sécurité pour les ménages.
On pourrait croire que l'aspiration à digitaliser les pratiques est un axe structurant du projet de loi. Que nenni: pas un mot sur la mise en œuvre du carnet numérique de l'immeuble, et des réflexions singulières, comme celle qui dresse le constat que les agents immobiliers et les administrateurs de biens recourent peu au numérique et ne disposent pas de la signature électronique, ou encore qu'ils travaillent sur des logiciels différents !
Et puis il y a la conception que l'exécutif a de l'immobilier. Pas négative : c'est pire. Nos gouvernants persistent et signent : l'immobilier est improductif. D'où l'IFI, d'où la baisse de rémunération arbitrée ces derniers jours du livret A, dédié au financement de la construction HLM, pour que les ménages s'en détournent et investissent plutôt dans l'entreprise. Il reste à prouver au gouvernement que la pierre crée de la richesse... On croyait franchement que cette démonstration n'était plus à administrer.
Alors comment influencer aujourd'hui les pouvoirs publics ? Les corps intermédiaires sont désemparés. Le législatif peut-il peser sur le gouvernement ? Les députés En marche sont un recours : ils se lassent d'être mis sous le boisseau. Quant aux autres, il ne faut pas les négliger... L'opposition au sens large n'existera que si elle a de la matière pour faire entendre des nuances ou des différences, fussent-elles techniques et non idéologiques. Les sénateurs ont gardé une plus grande indépendance et En marche n'y fait pas la pluie et le beau temps comme à l'Assemblée Nationale. Pourtant, l'arme fatale est ailleurs : il faut prendre l'opinion à témoin. Le vieux Kant, dans le Projet de paix perpétuelle, disait clairement que pour mesurer si une décision était recevable il fallait la rendre publique et estimer la réaction de l'opinion.
Cela crée une obligation supérieure aux syndicats professionnels et associations de consommateurs: oublier l'autocentrage et penser à l'intérêt général. Sans cela, l'opinion ne soutiendra pas. Exigence salutaire, qui va rendre les analyses et les argumentaires plus intelligents... et les acteurs plus responsables. Et si le lobbying gagnait en noblesse grâce à Monsieur Macron ? Il ne s'attend peut-être pas à ce résultat.
Photo | Henry Buzy Cazaux, Président de l'institut du management des services immobiliers, Président du think tank « république et logement »
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