STRATÉGIE
BIEN'ICI SE LANCE DANS LA PÊCHE AUX ANNONCES IMMOBILIÈRES

Depuis quelques semaines, le secteur des annonces immobilières est ébranlé par l'arrivée d'un nouvel acteur qui affiche clairement ses ambitions. Bien'ici, dernier né sur ce marché lucratif, est en train de perturber un écosystème jusqu'alors calme et protégé.

Une plateforme perfectible
Derrière ce projet audacieux se cachent plusieurs mastodontes de l'immobilier et notamment les principaux syndicats professionnels, promoteurs et réseaux d'agences immobilières. Une alliance sans précédant dont la volonté est de proposer un catalogue exhaustif des offres résidentielles à vendre ou à louer dans le neuf et l'ancien. Néanmoins, pour Henry Buzy-Cazaux, président de l'Institut du Management des Services Immobiliers, la partition n'est pas encore parfaite. « Il manque un certain nombre d'acteurs dans cette collective. Je pense aux réseaux de mandataires, qui sont à la tête de 15% des mandats sur le marché. Je pense aussi aux notaires, qui en détiennent probablement 10%. D'autres enseignes de franchise ne sont pas non plus signataires, comme Coldwell Banker, spécialiste du luxe. Pour les deux premiers types d'acteurs, il semble s'agir d'un choix stratégique. » La question des mandats est d'ailleurs l'une des zones d'ombre relevée par un certain nombre d'observateurs. Le service de géolocalisation, mis en avant par ses créateurs, doit en effet faire face à la problématique du mandat simple, encore majoritairement utilisé par les agents immobiliers et qui pourrait freiner le développement du site. « A ce jour, et sans que cette statistique soit le fruit d'un comptage précis et sans faille, un mandat sur six est exclusif. Les autres sont simples, c'està-dire qu'un vendeur donne mandat pour un même bien à plusieurs professionnels. On comprend alors qu'un professionnel qui craint qu'un autre mandataire passe contrat avec le vendeur pour un bien donné ne révèle pas sa localisation précise. »
Une arrivée qui ne plaît pas à tout le monde
Dans les bureaux de Seloger, leader du marché, Bien'ici fait néanmoins grincer des dents et le combat engagé entre les deux promet d'être féroce. L'objectif pour le challenger sera d'affirmer d'entrée de jeu sa puissance commerciale. Car si les professionnels sont pour le moment attirés par ses tarifs avantageux, c'est bel et bien le nombre d'appels générés par les annonces qui pèseront dans la balance après quelques mois d'utilisation. « Le défi est relevé. Il faut non pas prendre un marché, mais en désinstaller ceux qui le tiennent. L'exercice va coûter cher et sans moyens financiers de première importance, au moins équivalents à ceux investis à ce jour par le leader, la victoire sera difficile. On parle de promotion de la marque, de référencement naturel et artificiel, mais aussi de recherche et de développement permanent. Sans doute une enveloppe annuelle de 60 ou 70 millions d'euros est-elle la toise. » Pour les particuliers, une offre élargie est toujours une bonne nouvelle. Mais à l'instar des professionnels, ils devront trouver dans cet outil un réel intérêt avant de changer leurs habitudes. « Bien'ici fonctionne plutôt bien depuis le 7 décembre, jour du lancement, car plusieurs utilisateurs sont curieux de tester un nouveau site. L'enjeu sera de ne pas les décevoir et de les fidéliser. Le levier majeur sera sans doute la richesse de l'offre. Le compteur doit rapidement monter, sans quoi les 1,3 million d'annonces du leader sectoriel actuel continueront à drainer la demande et à la polariser. » Quant à l'avenir, Henry Buzy-Cazaux doute que le terrain de jeu soit assez grand pour accueillir ces deux acteurs. « Sans conteste, l'arrivée d'un nouveau site d'annonces immobilières peut incliner le leader à faire mieux et calmer les prix qu'il pratique. On ne peut nier que les tarifs de Seloger ont fini par être élevés entraînant une croissance rapide de la société alors que la rentabilité des agences suivait la pente inverse. Peut-être que leur comportement commercial va-t-il s'assouplir et que les relations en seront assainies. Pour le reste, que le meilleur gagne ! Il n'y a pas selon moi de place pour deux acteurs sectoriels majeurs, sauf à dire qu'ils se livreraient une guerre commerciale sans merci, qui enchérirait à terme les tarifs. Mais on aurait atteint l'effet inverse de ce qui était recherché ! » Tout est dit.

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