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TÉMOIGNAGE

Éphémère

Bernard Cadeau

La crise la plus violente sans doute jamais vécue par notre industrie, a touché tous ses acteurs, les plongeant dans un état de sidération, sans perspective sérieuse de rapide redressement. Tous les secteurs sont concernés et pour paraphraser la fable des animaux victimes de la peste : « tous n'en mourraient pas mais tous étaient atteints ». Les ventes se sont effondrées et c'est pire encore dans le neuf ! Pourtant, chacun le sait : « tôt ou tard le marché repartira », mais, sans savoir quand ni comment. A l'instar d'un long et triste hiver qui n'en finit pas, les premiers signes de changement météo réconfortent et laissent espérer.

Les premiers signes de détente voire d'embellie sont salués par notre communauté et par les médias

Les taux n'augmentent plus et sont même passés sous les 4%, le robinet du crédit s'ouvre doucement, et les conditions d'accès au crédit s'assouplissent. Saluons ici l'initiative du député Lionel Causse à l'adresse du HCSF. Les professionnels se félicitent d'un regain d'activité.

Je comprends tout à fait l'envie de croire à la sortie de crise, mais les signaux positifs d'aujourd'hui, ne sont-ils pas comparables à ces papillons dont l'espérance de vie s'achève avec la fin du jour ?

L'optimisme naturel engendré par les récents changements, ne doit pas laisser de côté la prudence indispensable. Nul ne peut sérieusement parler de redémarrage. Les fondamentaux économiques et financiers ne sont pas encore au rendez-vous : même si elle ne progresse plus, l'inflation n'est pas jugulée ; les banques centrales vont continuer de maintenir les taux directeurs à des niveaux trop élevés pour permettre d'emprunter beaucoup moins cher. Enfin, l'inquiétude pousse les Français vers une épargne de plus en plus massive, qui ne bénéficie pas au marché immobilier. Le marché reste incertain

La crise structurelle de l'offre se double d'une crise conjoncturelle de la demande. Il faut resolvabiliser les acquéreurs, dont la baisse de pouvoir d'achat n'a pas été compensée par l'oxygène de l'assouplissement du crédit. Nous sommes encore globalement dans un marché de pénurie, porté surtout par les achats revente des secundo accédants et les ventes contraintes.

Dommage collatéral puissant de cette légère reprise et de sa médiatisation, les prix de vente ne baissent plus, voire augmentent dans certaines villes ! Cette résistance des prix s'entend chez le vendeur inondé de messages de redémarrage du marché. Je m'étonne d'ailleurs que l'on puisse se réjouir de cette situation! Les temps de vente augmentent, au point qu'un réseau qui m'est cher offre à ses clients une garantie de vente à 120 Jours ! Attention à cet effet ciseau de prix pas suffisamment ajustés au pouvoir d'achat réel des acquéreurs. En cette période de rigueur budgétaire, les appels de notre ministre à la relance du crédit et au soutien à l'investissement, sont peu audibles mais il faut les saluer. Les prix demeurent le seul levier accessible pour resolvabiliser les ménages. Je vous renvoie à cette étude de Meilleurs Agents, estimant à 17% la baisse encore nécessaire afin de retrouver le niveau initial de pouvoir d'achat, d'avant la hausse brutale des taux d'intérêt. Il faudra redoubler d'efforts en 2024, avec, en ligne de mire 2025.

Le chemin est encore long, mais cet exemple démontre l'absolue nécessité de pédagogie auprès des vendeurs. Non le marché n'est pas reparti comme on voudrait le faire croire et oui les acquéreurs ont besoin de recouvrer du pouvoir d'achat ! C'est ingrat mais indispensable.

Peut-on alors envisager demain, un marché sous de meilleurs auspices ? Oui si optimisme, pragmatisme, intelligence et vigilance sont au rendez-vous ! Il faut être optimiste sans aveuglement, c'est l'optimisme de la volonté ; il faut être pragmatique en analysant la situation telle qu'elle est en toute lucidité et transparence. Oui la roue tourne et le marché repartira, mais les cycles de 10 ou 15 ans auxquels nous étions habitués sont révolus ; ils seront beaucoup plus court à l'avenir ! Nous devons tirer les leçons de la crise actuelle pour mieux se préparer à celles à venir. Nos entreprises doivent être solides et suffisamment capitalisées.

L'intelligence s'appuiera sur la diversification dans les segments porteurs, la collaboration, le partage, l'agilité, la création de valeur via des services multiples pour les clients, les synergies.

Pour filer la métaphore rugbystique, les professionnels devront rester forts sur les appuis en mettant en valeur tout leur savoir-faire et en jouant collectif !

Coté gouvernement, il faut sans délai passer du choc de l'offre qui n'a jamais existé, au choc de la décision ! La volonté affichée de notre ministre pour la relance de notre secteur, ira-t-elle jusqu'à élargir le PTZ, créer enfin un statut ad hoc du bailleur privé, financer la relance de la construction, entre autres ? Pour éviter l'explosion de la bombe à fragmentation du logement, il y a effectivement urgence à agir.

Vigilance enfin, pour guider l'action des professionnels. La prochaine grande cause nationale semble se traduire par la Lutte contre la Rente. Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet, qui pourra faire l'objet d'une prochaine chronique. Retenons simplement que la loi Macron 2 y sera consacrée. Il faudra, je cite « lutter contre les corporatismes et les rentes... » Attardons nous un instant sur cette déclaration d'un proche de l'Elysée : « Si on ne peut directement agir sur le pouvoir d'achat des Français, on peut agir sur le prix des biens et des services... »

Ça ne vous rappelle rien ? Soyons attentifs !

Photo | Bernard Cadeau

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#Embellie

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